A l’enseigne du coeur épris, Jean-François Pigeat

enseigne coeur éprisA l’enseigne du cœur épris, Jean-François Pigeat chez Le Dilettante, le 19 Août 2015, 223 pages.

Le Dilettante fait paraître le premier roman de cet illustre inconnu parisien qui, espérons-le, fera entendre parler de lui avec ce beau roman.

L’histoire :

Geneviève et Stéphane, la quarantaine, se sont connus sur un site de rencontres. De rendez-vous romantiques pour apprendre à faire connaissance, ils se sont épris l’un de l’autre, ont entamé des voyages, ont partagé des bouts de quotidien pleins d’enchantement et de douces attentions amoureuses.
C’est principalement Stéphane qui nous raconte leur histoire. Stéphane et sa fâcheuse habitude à tout voir par le mauvais bout de la lorgnette. De ne pouvoir s’empêcher de pinailler, d’être intransigeant et très critique… Pour des broutilles parfois…
« Le problème de fond était que les chats Swarovski avec moustaches en Nylon sur la table basse Sven Pykäliskö en inox poli et verre trempé lui dressaient d’avance les cheveux sur la tête. Sans parler du narguilé, du scorpion dans sa ouate, etc. Mais comment suggérer tout cela sans froisser personne ? »
Est-ce vraiment cela le fond du problème ? Dans la mesure où chacun vit chez soi avec quelques incursions dans l’antre de l’autre, cela passe. Quoique…Ce qui est rédhibitoire aux yeux de Stéphane, c’est quand le grand fifils à sa maman (âgé de 27 ans) débarque chez sa mère pour soit-disant se faire dépanner un moment alors qu’il va se taper l’incruste en cassant l’ordinateur, en empilant les boîtes de pizza, en faisant déborder le panier à linge…
Surtout que Stéphane ne se rappelle pas qu’il ait été fait mention de cet intrus.
Difficile de ne pas compatir un tant soit peu !

Mon avis :

C’est un roman d’amour certes mais atypique, raconté par un personnage masculin avec sa sincérité et sa mauvaise foi aussi, son avis plus que tranché. D’un réalisme pragmatique, Jean-François Pigeat nous conte une histoire qui nous parle avec des personnages simples et banals qui ont leurs défauts et leurs espoirs, plongés dans les affres du quotidien.
C’est tendre, parfois cocasse, émouvant aussi. Souvent mordant.
Sa façon de narrer, faussement décontractée (pour preuve : le bon usage du subjonctif imparfait !) combinée aux dialogues épiques entrecoupés de commentaires « off » rend la lecture plus que savoureuse, y compris la (trop) longue digression sur le passé de Geneviève.
Et ce ne sera peut-être pas le dénouement que tous attendaient mais la fin demeure belle et criante de vérité.

Place à l’extrait !

« De toute façon il ne mettait plus les pieds chez elle. C’était elle qui venait chez lui. Sans d’ailleurs lui en tenir rigueur, ni s’en offenser, ni s’en plaindre, ni rien négocier en échange. Elle prenait le métro sans barguigner sur toute la longueur de la ligne, gravissait avec courage les six étages, arrivait le rouge aux joues – et avec en prime son plus charmant sourire -, se laissait tomber dans le fauteuil Enzo Moretti, posait son écharpe, ses gants, son bonnet, ou, selon la saison, ses lunettes de soleil, sur la table basse Sven Pykälistö en inox poli et verre trempé. Ensuite, comme elle avait chaud, il l’invitait à se mettre à l’aise : il accrochait sur un cintre le petit spencer gris urbain chic intemporel, sergé 100% polyester qu’il lui avait acheté chez Kissmi pour son anniversaire, et invariablement, sous les prétextes les plus futiles, et parfois même sans prétexte du tout, ils basculaient en riant sur le lit où l’astre du jour avait jeté la cape dorée de son habit de lumière. »

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