En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut

en-attendant-bojanglesEn attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut paru le 7 janvier 2016 chez Finitude, 159 pages.

Olivier Bourdeaut, d’origine nantaise, signe là son premier roman chez une petite maison d’édition et remporte le Grand Prix RTL Lire ainsi que le prix du Roman des étudiants. En quelques semaines, il est propulsé en tête des ventes. Une surprise d’autant plus réjouissante en cette rentrée littéraire d’hiver que c’est un auteur inconnu jusqu’alors et que la maison d’édition n’est pas habituée à parader dans le top ventes. Cela change quelque peu des Musso/Lévy/Nothomb…

Mon résumé :

Sous le regard aussi naïf qu’émerveillé du fils, nous revivons les grands moments de la vie de ses parents, un couple absolument hors normes : excentrique, fou amoureux, excessif, inventif et totalement dingue ! Ils ont un enfant, le garçon, qui nous raconte l’histoire de cette famille atypique qui est la sienne et qu’il admire littéralement.
A ce trio haut en couleurs, vient se rajouter Mademoiselle Superfétatoire, un drôle d’oiseau partie intégrante de cette saga familiale. Les parents s’aiment et ont décidé que leur amour, pour s’épanouir et se développer, devait s’ancrer dans un quotidien de fête et de grandeur. Le père, Georges, donne un nouveau prénom tous les deux jours à son épouse. Ils dansent sur Nina Simone encore et encore. Son père est un raconteur d’histoires et le fils ne sait pas toujours démêler le vrai du faux alors évidemment à l’école, l’adaptation n’est pas facile si bien que les parents décideront de faire la classe eux-mêmes avec des méthodes tout à fait farfelues pour le grand bonheur de leur fils.
Le couple fait aussi de grandes fêtes chez eux auxquelles participe leur garçon. Dans leur entourage proche, on trouve un drôle de « sénateur » que tout le monde appelle l’Ordure.
Cette vie sans cesse réinventée et joyeuse semble devoir déraper vers quelque chose de bien plus sinistre, une menace qui plane depuis le début, un gouffre qui semble vouloir avaler la famille toute entière. Et l’on bascule tout doucement vers une réalité bien moins glamour. Toujours sous le regard enfantin de notre jeune héros qui relate les hauts faits de son père et de sa mère qui font pourtant l’impossible pour pimenter leur vie d’un amour fou.

Mon avis sur ce Olivier Bourdeaut :

La magie de ce cout roman réside dans l’art d’Olivier Bourdeaut à manier le verbe, à nous faire adhérer au point de vue du jeune fils qui nous fait si souvent sourire et même rire alors que derrière cette légèreté euphorisante, se profile peu à peu une réalité bien plus sinistre. Le point de vue de l’enfant nous donne à voir une lecture erronée de ce qui l’entoure ce qui instaure un double niveau de compréhension. Le romancier nous convie à une folle escapade dès les premières pages pour ne plus lâcher son lecteur si ce n’est à la toute fin. Il y met son cœur, nous donne à voir les personnages dans ce qu’ils ont de plus vivant et singulier, tout cela avec une belle poésie de vivre et d’écriture.
En plus de cette histoire racontée par le narrateur, se glissent des bribes d’un roman que son père a écrits sur ce fol amour sans jamais trouver d’éditeur à la mesure de son extravagance.  Les dialogues entre les parents notamment ont une saveur particulière, on se croirait téléportés dans une autre époque, ils sont à la fois kitsch et justes. Olivier Bourdeaut a un sacré talent, disons-le ainsi et ce roman se démarque singulièrement. Lisez-le et qui sait si vous n’irez pas chercher la personne que vous aimez pour l’emmener danser sur Nina Simone.

Un extrait à savourer avec Mister Bojangles :

   « A l’école, rien ne s’était passé comme prévu, alors vraiment rien du tout, surtout pour moi. Lorsque je racontais ce qui se passait à la maison, la maîtresse ne me croyait pas et les autres élèves non plus, alors je mentais à l’envers. Il valait mieux faire comme ça pour l’intérêt général, et surtout pour le mien. A l’école, ma mère avait toujours le même prénom, Mademoiselle Superfétatoire n’existait plus, l’Ordure n’était pas sénateur, Mister Bojangles n’était qu’un bête disque qui tournait comme tous les disques, et comme tout le monde je mangeais à l’heure de tout le monde, c’était mieux ainsi. Je mentais à l’endroit chez moi et à l’envers à l’école, c’était compliqué pour moi, mais plus simple pour les autres. Il n’y avait pas que le mensonge que je faisais à l’envers, mon écriture aussi était inversée. J’écrivais comme « un miroir », m’avait dit l’institutrice, même si je savais très bien que les miroirs n’écrivaient pas. La maîtresse aussi mentait parfois mais elle, elle avait le droit. Tout le monde faisait des petits mensonges parce que pour la tranquillité, c’était mieux que la vérité, rien que la vérité,  toute la vérité. Ma mère aimait beaucoup mon écriture miroir, et quand je rentrais de l’école elle me demandait d’écrire toutes les choses qui lui passaient par la tête, de la prose, des listes de courses, des poèmes à l’eau de rose.
– C’est merveilleux, écrivez mon prénom quotidien en miroir pour voir ! disait-elle avec les yeux pleins d’admiration.
Puis elle mettait les petits papiers dans son coffret à bijoux parce que, disait-elle :
– Une écriture comme ça, c’est comme un trésor, ça vaut de l’or !
Pour que mon écriture aille dans le bon sens, la maîtresse m’avait envoyé chez une dame qui redressait les lettres sans jamais les toucher et qui, sans outil, savait les bricoler pour les remettre à l’endroit. Alors ,malheureusement pour Maman, après j’étais presque guéri. »

Commentaires
  1. Odile D

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