Xenia, Gérard Mordillat

Xenia, Gérard MordillatXenia, Gérard Mordillat, Calmann-Lévy, paru le 8 janvier 2014, 372 pages

Gérard Mordillat est écrivain et cinéaste et a notamment adapté pour la télévision son roman : Les vivants et les morts qui a connu un vif succès.

Mon résumé :

Xenia, roman éponyme, est l’histoire d’une jeune mère de 23 ans qui vit dans la cité des « Proverbes » et élève seule son fils encore bébé car le père de l’enfant vient de les quitter en emportant le peu d’argent dont elle disposait. Si elle ne semble pas crouler sous le chagrin, c’est sans doute parce que Xenia est une femme très autonome et ingénieuse, habituée à se sortir des situations les plus retorses.
Heureusement, à la cité des Proverbes, il y a quelques bonnes âmes sur qui Xenia pourra s’appuyer. Elle est sur le point de découvrir la force de la solidarité et de l’amitié féminine. Et Xenia se bat avec énergie et volontarisme contre l’adversité, notamment dans le milieu professionnel et contre les imbéciles. Elle fait des ménages pour « Cyclope » et son chef, une véritable ordure, les fait trimer sans respecter le cadre légal. La plupart de ces femmes n’ont pas de papiers et aucun moyen de protester ce dont il est tout à fait conscient. A la première occasion venue, Xenia, parce qu’elle fait figure d’élément potentiellement perturbateur, sera renvoyée aussi promptement qu’injustement. Heureusement, il y a Blandine et quelques autres. Notamment Gauvain. Cette rencontre amoureuse improbable avec un banquier lassé de devoir suivre les directives, de vendre des produits épargne à des clients déjà endettés juste pour remplir les objectifs, sonne peut-être le début d’une nouvelle ère.
Le lecteur va assister pour Xenia comme pour Gauvain à une envie de résister et cette forme de lutte qui en résulte nécessairement.

Mon avis :

C’est un roman qui dénonce avant tout l’injustice faite aux minorités, les femmes en premier lieu mais encore les noirs. Avec Xenia, Gérard Mordillat nous met en présence de personnages vivants, évolutifs, capables de remettre en cause un système injuste et écoeurant quitte à se mettre en danger pour mieux se réinventer par la suite.
La solidarité entre les êtres, dans la vie intime comme dans la sphère du travail, est un élément essentiel dans ce beau roman humaniste en dépit de sa virulente critique d’un patronat désincarné et abject qui traite les travailleurs comme des esclaves corvéables à merci.
Ce monstre que Mordillat vilipende, c’est celui du capitalisme. Mais il démontre encore qu’il est possible pour quiconque de remettre en cause le système établi voire de le renverser. Ce qui est très intéressant dans ce roman, c’est le portrait des personnages qui prennent immédiatement vie et sont confrontés aux contingences de la vie quotidienne. Xenia est une vraie héroïne des temps modernes et elle sait s’entourer de personnes qui peuvent l’aider. Elle a son franc-parler, elle peut singulièrement manquer de délicatesse, mais elle est attachante et quelles que soient ses galères, elle conserve une part d’enfant en elle, un humour un peu potache. C’est cette kyrielle de personnages qui donne toute l’ampleur à cette épopée sociale des temps modernes qui, bien que poussive par endroits, dévoile une triste réalité. Des écrivains tels que Mordillat sont indispensables dans le paysage littéraire français !

Un extrait où le lecteur capte les pensées intimes de l’héroïne :

« Tout ce qui l’entoure lui paraît inachevé.
Elle serait bien incapable de dire ce qu’il faudrait ajouter aux immeubles pour qu’ils n’aient pas l’air de rochers sans âme ni comment il faudrait fleurir et boiser le terre-plein ou faire du parking autre chose que ce qu’il est, mais chaque pas lui confirme qu’ici rien n’est fini. Elle-même se sent comme une ébauche de femme, une mère à moitié faite, incapable de penser ce qu’il faudrait lui ajouter pour qu’elle s’accomplisse enfin. Qu’a-t-elle à se reprocher ? Sa vie aurait-elle pu être autrement ? Plus douce, plus riche d’amour, de confiance ? Aurait-elle pu éviter de se faire coller un gosse si jeune ? Et lui, le pauvre chéri, qu’est-ce qui l’attend ? Est-ce que ce sera du bien ou est-ce que ce sera du mal ? Echappera-t-il à la cité, à ses rites, à la peur du lendemain ? S’en sortira-t-il ? Et, pour s’en sortir, sera-t-il obligé de faire tout et n’importe quoi comme son père ? Comme sa mère ?  »

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