Romanesque, Tonino Benacquista

RomanesqueRomanesque, Tonino Benacquista paru chez Gallimard le 18 Août 2016, 232 pages.

Tonino Benacquista a écrit de nombreux romans dont sa série Malavita portée à l’écran par Luc Besson avec Robert De Niro et Michelle Pfeiffer.

Le sujet du Romanesque :

L’on suit un couple de Français activement recherchés par la police et qui tentent d’échapper aux forces de l’ordre bon an mal an. Ils sont aux Etats-Unis et doivent rejoindre le Canada. S‘efforçant de passer inaperçus, ils ne peuvent malgré tout pas résister à la tentation de s’arrêter au théâtre, où un grand classique de Charles Knight si cher à leur cœur, est joué.
La pièce raconte l’histoire d’un couple d’amants maudits de s’être trop aimés. A une époque reculée du Moyen-Âge, un braconnier et une glaneuse tombent amoureux et préfèrent vivre leur amour totémique en-dehors de la communauté. Nulle nécessité à leurs yeux de se marier ni d’enfanter. Ils sont pleinement heureux et satisfaits de leur présence mutuelle. Mais leur relation est mal perçue et les voilà tantôt stigmatisés et dénoncés à cause de leur différence. Ce rejet collectif aura de bien noires répercussions pour ces deux pauvres hères qui ne demandaient qu’à s’aimer tranquillement, loin des autres.
Nos deux Français en cavale assistent médusés à la pièce de théâtre comme si elle avait été écrite pour eux. Quel est le lien entre ces deux couples si éloignés dans le temps ?
Les deux histoires, emplies de pérégrinations, de mésaventures, semblent bientôt se confondre. Mais l’issue peut-elle diverger ?

Mon avis sur ce Benacquista :

Le titre est fort bien trouvé car c’est l’essence même du romanesque que le romancier questionne à travers cette histoire d’amour atemporelle et d’une puissance d’évocation rare et jouissive.
L’auteur a d‘indéniables talents de conteur qui plongent son lecteur dans un état d’émerveillement renouvelé tout au long du roman.
Quelle délectation que cette lecture qui porte haut le verbe ! Car Benacquista écrit avec brio.
Nous sommes plongés dans l’univers de la légende avec cette fin’amor qui, depuis le Moyen Âge jusqu’à aujourd’hui, met en scène un couple tellement amoureux et accompli qu’il en devient source de méfiance et de rejet l’obligeant à emprunter des détours imprévus et délicats.
Ce couple-ci n’aura rien à envier aux légendaires Tristan et Iseut par exemple.
L’écriture sublime et envoûtante concourt à classer ce livre hautement romanesque parmi les chefs-d’œuvre littéraires !

Un extrait pour vous faire patienter !

   « Un vaste public se pressait aux portes du prétoire, excité comme s’il se fût agi d’un tournoi. On nota la présence d’un peintre, la mine à la main, s’apprêtant à croquer les amants dont la notoriété méritait selon lui une illustration. Mais aussi celle d’un secrétaire qui déroulait un parchemin encore vierge où il allait inscrire le procès-verbal. Un homme dépêché par la cour se présenta aux inculpés comme leur avocat et tenta de les rassurer sur sa grande expérience des cas difficiles. Il cita quelques-unes de ses réussites ayant secoué la magistrature et mis à jour les textes de loi. Entre autres, l’affaire d’une brute sanguinaire surnommée le Loup du Nord, dont le macabre tableau de chasse avait endeuillé près de vingt familles, et qui aujourd’hui prospérait au grand jour dans le délicat commerce des étoffes. L’homme de robe avait par ailleurs défendu un couple de voleurs d’enfants en osant les décrire comme des bienfaiteurs qui agissaient dans l’intérêt des chers bambins, maltraités par d’odieux géniteurs. Il ajouta cependant que, s’il avait su trouver les mots pour obtenir la grâce de scélérats voués à l’échafaud, il se trouvait bien dépourvu de tout argument pour plaider aujourd’hui une cause perdue d’avance.
Rien de plus facile que de faire passer un bourreau pour une victime et une victime pour un bourreau, mais comment défendre la dangereuse logique à laquelle obéissaient ses nouveaux clients ? Qui avaient pourfendu à eux seuls des institutions séculaires et bafoué des lois morales léguées par nos ancêtres afin de lutter contre le chaos originel. Etait-il possible d’absoudre un délit d’une telle ambition ? Comme les débats commençaient, il se hâta de rappeler que le criminel, une fois pris, devait abandonner toute forme d’arrogance s’il voulait éviter une inéluctable sentence.
Cette inéluctable sentence leur paraissait moins inquiétante que le mot arrogance dans la bouche de leur défenseur. »

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