L’importun, Aude Le Corff

l importunL’importun, Aude Le Corff paru chez Stock (collection Framboise) le 29 Avril 2015, 193 pages.

Après son merveilleux premier roman : Les arbres voyagent la nuit (cf : mon article), Aude Le Corff nous livre un second  livre touchant : L’importun.

Mon résumé :

La narratrice, enceinte de son deuxième enfant, souhaite, aux côtés de son époux, quitter Paris pour la province en se rapprochant de la mer. Ils jettent leur dévolu sur une maison ancienne dans un petit village qui comprend un jardin. De ces demeures qui abritent une histoire, un vécu… Ce sont les filles du propriétaire qui vendent. Elles ont jugé leur père inapte à vivre seul désormais.
Le couple quitte la capitale, la narratrice accouche, elle continue d’écrire. Elle est auteure de romans plutôt sombres, pas des best-sellers mais elle ne désespère pas car son écriture a bien progressé. La nouvelle page que ce couple trentenaire s’apprête à tourner semble toute entière tournée vers les nouveaux projets et l’entrain qui les accompagne.
Et pourtant la situation est loin d’être idyllique. Un jour, l’écrivaine reçoit la visite de l’ancien propriétaire qui a gardé sa clé et se croit chez lui. Un brin bourru et impoli, il ne manque pas de remarquer l’absence d’entretien du jardin qu’il va s’employer à nettoyer.
D’abord interloquée, la narratrice va en quelque sorte apprivoiser cet intrus essayant de briser sa carapace sans pouvoir s’empêcher d’en faire un personnage de son prochain roman. Mais c’est avant tout elle qui se dévoile…
La maison _telle une vieille âme _ n’a pas fini de livrer ses secrets de même que la narratrice en instaurant un dialogue intime avec son visiteur, se garde bien de parler de ces entretiens avec son mari.

Mon avis :

Aude Le Corff propose un beau roman fait d’images, d’instantanés de vie véhiculés par un langage clair, un brin poétique et parfois émouvant.
La maison _au coeur du roman_ et son jardin : nous les imaginons facilement. Même si le personnage du vieux propriétaire un brin sénile apparaît revêche et austère, l’on a envie d’en savoir plus sur son passé. Plusieurs thématiques sont ici abordées dans ce court roman : l’importance des lieux et de ce qu’ils renferment, de l’Histoire (notamment celle qui a trait à la Seconde Guerre Mondiale), le poids du passé, de l’enfance, le goût du pardon et les bonheurs d’une vie qui donnent à celle-ci sa vraie valeur. L’on peut simplement regretter que l’auteure soit demeurée en surface en choisissant de ne pas explorer certaines pistes qui auraient mérité un plus grand développement.
Elle aurait pu brosser par exemple un portrait plus approfondi des personnages secondaires pour donner davantage de relief à l’ensemble.
Et cette idée d’un certain malaise instillé par le lieu d’habitation (thématique chère à Tatiana de Rosnay) est très vite reléguée au second plan.
S’il n’a pas le même charme que son premier, ce second roman est envoûtant et beau. On y retrouve un peu de Laurence Tardieu dans celui-ci.

Un extrait qui révèle un temps de partage, une pause au coeur de la journée :

   « Je lui montre les framboisiers qui datent de leur époque, pour lui prouver que tout ne s’est pas enfui ; les feuilles tombées à l’automne commencent à repousser. Pour l’égayer un peu, je lui confie que Robin, malgré son jeune âge, adore les framboises. Il ne réagit pas et continue à me parler des arbres disparus. Ma petite fêlure intérieure se réactive. J’aimerais l’intéresser autant qu’il m’intéresse.
On se dirige vers la remise sous le cèdre, et il me décrit le superbe mimosa d’un jaune lumineux, parfumé, aux grappes volumineuses, qu’il a fallu déraciner. Sa mère l’avait rapporté d’un voyage au Portugal. Les racines commençaient à soulever le mur du jardin et le voisin s’était affolé. Guy avait eu du mal à le déloger, il était bien accroché. Sa voix est chargée de regrets.
Tandis que le vieillard évoque les splendeurs du passé, le jardin me paraît vide et terriblement terne. Il ne subsiste que les plantes grimpantes le long de la façade et des murs. Ces arbres arrachés bien avant mon arrivée me manquent. Dès la fin de l’hiver, je m’assois sur un banc de parc et je contemple les magnolias aux tulipes gracieuses, les marronniers roses, le soleil chauffe doucement mon visage. Les souvenirs du Japon affluent. J’ai besoin de fleurs au printemps.
Il me ramène près de la maison, à l’endroit où poussaient les kiwis, et me montre les vestiges d’une ancienne volière peuplée de pinsons et de serins. Tous les jours, ses filles donnaient des graines aux oiseaux. Leur chant résonnait dans le jardin. » 

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