Le Ventre de la fée, Alice Ferney

004016321Le Ventre de la fée, Alice Ferney paru chez Actes sud en 1993 et n poche chez Babel le 4 Mai 2016, 95 pages.

Le Ventre de la fée est le 1er roman écrit par Alice Ferney et vient seulement de paraître en poche. Elle a écrit d’autres romans, différents de celui-ci, comme le très beau Grâce et dénuement ou Les Autres.

Ce premier roman, atypique, très sombre, qui pourrait tendre vers le roman noir a signé l’entrée fracassante dans le monde littéraire d’Alice Ferney.

C’est un très court roman, dense, dont on a la sensation qu’il ne faudrait ôter nul mot afin de ne pas perturber son équilibre parfait.

Sous Le ventre de la fée, se cache un monstre pourtant prénommé Gabriel comme l’archange. La fée, c’est une mère aimante qui adorait son enfant unique, qui l’a porté, choyé, nourri. Mais cette mère tombe malade et meurt. L’absence est terrible pour le fils et le père qui reste quelque peu en dehors de cette équation mère-enfant. Mais ce n’est pas ce qui fait basculer le fils dans le noir. Depuis toujours, la cruauté l’attire. Il aime infliger le mal. Et il se donne les moyens de le faire. Aucune barrière ne retient ses gestes. D’abord il maltraite les animaux, puis les filles ou les femmes. Il observe le poids de la mort, son œuvre inéluctable avec une fascination sinistre qui prend peu à peu la place sur ses dernières bribes d’humanité.
Le lecteur n’est pas épargné dans ce roman saisissant, fait d’images, beau et terrible à la fois. Le plus troublant, c’est cette absence totale de moralité. Un monstre ignoble sévit sous nos yeux ébahis or aucun jugement ne condamne ses actes et cette impartialité contribue à la grandeur du livre.
Ainsi naquit une romancière…

Un extrait qui nous fait plonger dans la folie du narrateur

« Alors il se couche sur elle. Comme si vraiment c’était inéluctable, ce grand corps allongé. Elle se redresse en cognant et hurlant. Elle est redevenue violente et la sensation de ces dernières forces qui se déploient en vain contre lui émerveille Gabriel. Un sourire envahit son visage pendant qu’il reste là, prêt pour les coups, ravi de lutter contre cette plume. Se battre avec elle est un plaisir. Un émoi immense le réchauffe, qui va et vient dans son corps soudain électrifié, collé à la fille qui bouge. C’est une danse ! Voilà ce qu’il imagine faire avec elle tandis qu’il joue à la laisser se redresser contre lui et à la recoucher. Elle le repousse et se recroqueville en boule, et lui, chaque fois, la laisse faire puis la déplie. Et elle recommence, se replie comme une fleur sur son frémissement de larmes, et il l’ouvre encore sans plus la voir. »

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