Histoire de la violence, Edouard Louis

histoire-violenceHistoire de la violence, Edouard Louis paru le 7 Janvier 2016 chez Seuil, 231 pages.

Edouard Louis publie ici son second roman. Jeune écrivain, son premier roman En finir avec Eddy Bellegueule (cf mon article)  avait créé l’événement l’an passé en propulsant le jeune écrivain sous le feu des médias.

Mon résumé :

Edouard Louis relate un événement qui semble être autobiographique. Sa rencontre avec Reda le soir de Noël alors qu’il revient d’une soirée avec deux amis proches. Ce jeune homme l’aborde dans la rue et l’écrivain finit par proposer à cet inconnu de monter dans son appartement.
Reda lui parle de son enfance, son arrivée en France, la vie de son père, des faits très intimes. Ils finissent par s’embrasser et coucher ensemble. Puis, sans prévenir, la situation dégénère brutalement. Reda sort un pistolet et annonce à son amant d’un soir qu’il va le tuer. Il tente de l’étouffer avec un oreiller. Le jeune homme est tétanisé par la peur et l’incompréhension de cette scène d’une violence aussi radicale qu’inattendue.
C’est le récit détaillé de cette nuit qu’il nous livre ainsi que la suite, son besoin compulsif d’en parler, sa déposition à la police et la réaction de son entourage familial.

Tout cela dessine à ses yeux une « Histoire de la violence ».

Mon avis :

Edouard Louis confirme son talent d’écrivain avec ce second roman aussi personnel et intime que le premier. Un brin dérangeant car il place le lecteur dans la position d’un voyeur assistant à la déshumanisation de l’écrivain narrateur. Indéniablement, il sait manier le verbe et excelle à changer de registre de langue avec une rare dextérité; Histoire de la violence comporte deux niveaux de lecture. Le récit des événements tel qu’il nous est livré par le narrateur, qui semble être un double de l’écrivain, qu’il intercale avec la retranscription personnalisée de cette nuit telle que la narre sa sœur à son mari. Ce second récit complète le premier et est interrompu par les nombreux commentaires et digressions de la part d’une sœur qui s’érige en juge et parti sans savoir que son frère épie cette conversation.
Ce double langage donne une véritable épaisseur au roman. La violence et la tension narrative vont crescendo et on est happé par ce tourbillon infernal que transcende le regard analyste du romancier intellectuel qui parvient malgré tout à prendre de la hauteur sur cette histoire personnelle.
C’est sombre, tourmenté, diablement intelligent et ça fait froid dans le dos.
Là encore, difficile de rester de marbre devant une telle prouesse d’écrivain !

Un extrait de cette Histoire de la violence :

« Maintenant j’étais prêt à tout pour qu’il s’en aille. Mais c’est lui qui ne voulait plus partir. Ce dont je me souviens, aussi, c’est que dans des moments comme celui-là le temps ne s’écoule pas selon le même régime que dans la vie de tous les jours. Les éléments et les situations s’enchaînent dans un brouillard épais, comme si nous étions ivres Reda et moi, et comme si le monde lui-même était ivre, l’oxygène, l’ambiance étaient ivres, le temps s’écoulait différemment, plus laborieusement, plus lentement, plus lourdement, les mots qui s’échappaient entre nos lèvres étaient lourds, palpables, ils auraient pu tomber sur le sol et se fracasser en mille morceaux, nos mots étaient lointains, comme s’ils étaient prononcés par d’autres ; les corps se mouvaient dans une sorte de matière collante, de sable ou de coton, d’inertie.
Les deux policiers à qui je le disais étaient de plus en plus recroquevillés, le dos recroquevillé, les mains recroquevillées, ils vieillissaient, là encore le temps se désarticulait et chaque minute représentait une année du monde réel sur eux. »

 

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