Des noeuds d’acier, Sandrine Collette

Des noeuds d'acier, Sandrine ColletteDes noeuds d’acier, Sandrine Collette, Le livre de poche, 29 Janvier 2014 pour la version poche, Octobre 2013 chez Denoël, 257 pages

Sandrine Collette, auteure française née en 1970, fait une entrée fracassante dans la littérature policière. Des noeuds d’acier a reçu le grand prix de la littérature policière en 2013 et vient d’être récompensé par le prix des lecteurs 2014. Rien de surprenant à cela car cette histoire fait, au sens propre, froid dans le dos.

La situation de l’incipit

Le prologue évoque « ce petit coin de pays » marqué par un fait divers sinistre, celui de Théo Béranger. On nous précise que, aussi fou que cela puisse paraître, il s’agit d’une histoire vraie (ce qui n’est pas le cas, c’est bel et bien un roman) qui a laissé dans cette région une empreinte forte au point que les mois ayant suivi cette découverte, des cars de touristes venaient jusque-là afin de voir où le drame avait eu lieu…

C’est l’histoire de Théo que l’on découvre le jour de sa sortie de prison. Il vient de purger sa peine pour avoir passé à tabac son frère qui, en chutant, est désormais paralysé et rivé à son fauteuil pour le reste de ses jours. Max, son frère chirurgien à qui la vie souriait autrefois, avait eu une aventure avec Lil, la femme que Théo aimait. Il lui a pardonné à elle, pas à lui. Le jour de sa sortie, il hésite : ira-t-il voir Lil  ou Max ? Il opte pour le mauvais choix sans la moindre idée des conséquences désastreuses assez incroyables que cela aura sur sa vie.
Alors que, bien sûr, toute visite à son frère lui est formellement interdite, il vient le narguer puis prend peur et s’enfuit regrettant cette impulsion haineuse. Les autorités auront tôt fait de faire le rapprochement entre sa libération et cette visite choc. Alors il se dit qu’il va partir quelque temps, se faire oublier un peu. Il ne croyait pas si bien dire. Sans aller voir Lil, il se réfugie dans un coin paumé du bout du monde en plein coeur d’une immense forêt. Lorsqu’il aperçoit le panneau « chambre d’hôtes », il s’arrête chez cette charmante Madame Mignon qui va le dorloter : préparer des repas sains avec des légumes du potager, insister pour faire un ourlet à son pantalon, lui indiquer des sentiers pour ses randonnées. Il se ressource, là, au calme. Un jour, Mme Mignon lui recommande un petit chemin qu’elle trace au crayon gris sur sa carte IGN en précisant qu’il passera devant un panneau « privé » dont il ne devra pas tenir compte étant donné qu’il s’agit de la famille de son hôtesse.
Théo emprunte le sentier et au détour d’un virage, tombe sur une maison cachée, en retrait de la route. Il est accueilli par un vieil homme, fusil à la main, peu engageant, qui l’invite tout de même à prendre un café exécrable. Théo accepte par politesse puis s’apprête à repartir. C’est alors qu’il se fait assommer par le deuxième homme, le frère du premier qui surgit derrière Théo.
   Il se réveille aux côtés d’un autre homme, lui aussi enchaîné, Luc, qui en quelques phrases, lui explique son calvaire. Les deux vieux ont fait de lui un esclave, un vrai chien qui mange par terre les restes qu’on veut bien lui jeter, dormant dans une cave humide et ne parlons pas même de la plus petite notion d’hygiène dans cette masure délabrée. Luc effectue pour les deux hommes un certain nombre de travaux ingrats. Etant donné que leur « chien » montre des signes de faiblesse, il est temps d’en changer d’où la présence de Théo. Le processus de déshumanisation est en place. Pourtant Théo se récrie, il y a cette Mme Mignon qui s’inquiètera de ne pas le voir revenir et de plus, il sort de prison, il est endurci, il a fait face là-bas à de sacrés gaillards…
A-t-il une chance d’avoir le dessus sur ces deux vieillards sadiques ?

Mon avis :

Des noeuds d’acier fait partie de ces livres tout autant marquants, troublants que dérangeants… Une plaie que l’on ne peut s’empêcher de gratter et qui fait mal. La déshumanisation est telle que, alors que l’on est persuadé que le point de non-retour est atteint, Sandrine Collette repousse les limites dans une exacerbation des rapports de domination, de violence, de haine, de pure méchanceté.
Les rebondissements, loin d’apaiser le lecteur, tendent ses nerfs davantage si c’est encore possible et il assiste, impuissant et ahuri, à cette longue déchéance.
Voici un billet pour un aller simple dans la cabane des horreurs. Collette réussit un véritable coup de maître avec ce roman noir, tellement noir.

Un extrait où le lecteur, avide, découvre les circonstances de la capture de Luc :

« Luc est ici depuis huit ans.
Au milieu de mon délire grandissant, il raconte son arrivée – il dit sa
capture. J’ai soif.
Et les jours, les mois, les années qui ont suivi. J’arrive à peine à y croire. Que cela puisse exister. Et durer. Je me passe la langue sur les lèvres pour essayer de les humecter. Je donnerais cher pour un verre d’eau. On est quand ?
Luc m’explique qu’il était solitaire, qu’aucune famille, aucun ami ne pouvait s’inquiéter de lui. Je frissonne en pensant que c’est pareil pour moi. Même Lil ne sait pas où je suis.
Il venait en vacances, comme moi. Pas pour les mêmes raisons bien sûr : les miennes étaient forcées tandis que lui cherchait simplement à écluser ses soixante jours de congés annuels.
Ils t’ont eu comment ? je demande. Il dit : comme un con. Lui aussi a trouvé ce passage improbable vers la maison des vieux : ce jour-là ils en bavaient pour retirer une cognée qu’ils avaient coincée en voulant abattre un merisier gelé. Luc a proposé un coup de main et il est descendu à la cave avec eux pour chercher une barre en fer. Ils lui ont dit : Vous voyez au fond à droite ; elle est là. Et ils ont claqué la porte sur lui.
Trois jours, il a attendu. Le premier, il s’est jeté sur la porte en chêne, sur les barreaux du soupirail trop petit. Avec la barre en fer il a essayé de forcer la serrure et de desceller des pierres du mur. Et puis l’épuisement et la soif ont eu raison de son acharnement, et il s’est assis. Le jour suivant il a supplié ; le troisième, il était certain qu’il allait crever là. Quand les deux vieux ont ouvert la porte, il n’aurait même pas pu lever un doigt sur eux. »

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