Des jours que je n’ai pas oubliés, Santiago H. Amigorena

Des jours que je n'ai pas oubliés, Santiago H. AmigorenaDes jours que je n’ai pas oubliés, Santiago H. Amigorena, P.O.L, paru le 2 Janvier 2014, 248 pages

    Autofiction, roman autobiographique, récit ? L’auteur s’est largement inspiré de sa vie réelle pour l’écriture de son dernier roman. Le narrateur est comme lui : écrivain, il est marié à une actrice avec laquelle il a eu deux garçons mais il traverse une grave crise de couple. Sa compagne a fait la rencontre d’un autre homme lors d’un tournage et leur amour est en train de voler en éclats.
Le livre s’ouvre sur l’envie du narrateur de se suicider et d’entraîner dans sa chute ses deux jeunes enfants. Pour conjurer sa souffrance, il écrit ou plutôt, il remplace une souffrance par une autre : « Il ne cessera pas d’écrire. L’écriture est la souffrance qui lui permet de ne pas mourir de toutes les autres souffrances. En lui, l’écriture ne calme rien : une souffrance est simplement remplacée par une autre souffrance.
Et, de souffrance en souffrance, il ne cesse de vivre, il ne cesse de mourir. »

Le ton du livre sera donc mélancolique. Afin de donner une nouvelle chance à leur histoire, il s’éloigne un petit moment et part en Italie où il convoque les nombreux souvenirs heureux de leur rencontre passionnelle, la sensualité qui les unissait, comme ils vibraient à l’unisson. C’est un homme encore très amoureux qui parle et également très triste de constater que les beaux jours sont derrière eux et que leur vie de famille a implosé laissant un futur très incertain. Elle lui a même annoncé que, si futur il y a, ils devront faire des choses séparément ce qui le laisse sans voix.
Il marche sur les traces d’un bonheur effacé, dans les ruelles de Venise où il s’égare, regardant des tableaux sans les voir alors qu’à deux, autrefois, ils savaient les contempler, en osmose.
Et il se met en scène en train d’écrire avec un processus de mise à distance, presque de dépersonnalisation. Il passe d’un chapitre à l’autre, du « je » au « il » sans logique apparente, du narrateur reflet de l’écrivain bien réel à un personnage écrivain fictif, oscillant entre écriture italique et écriture romaine, faussant nos repères de lecteur. Ce qui peut être gênant, ce sont les extraits des Poèmes à Lou qui ne sont pas clairement annoncés comme tels. Une certaine confusion gagne alors le lecteur.
Entre cette trame principale constituée de courts chapitres donnant un effet morcelé à l’ensemble, s’intercalent des extraits de Lettres à Lou de Guillaume Apollinaire qui sont comme le reflet de ses propres états d’âme et ajoutent à la poésie de cette écriture fulgurante.
Le livre pourrait paraître impudique et égocentrique s’il n’était avant tout de portée universelle et touchant autant que sincère. C’est avant tout un hymne à cette femme adorée, malgré sa trahison, et à leur folle idylle du début sans doute trop exclusive pour perdurer dans la tranquillité d’une vie de famille. Il abhorre cette dualité déchirante entre vie sociale, travail et famille qui empêche son épouse d’être pleinement épanouie quand elle est avec eux, à la maison. Ses regrets ne semblent pas pour autant teintés d’amertume ni de bile.

C’est finalement un roman triste teinté de lumière traversé par une ode à l’amour et une réflexion sur le sens de l’écriture. Comment parler d’amour, de rupture, de séparation douloureuse pour l’un plus encore que pour l’autre sans verser dans le pathos et les platitudes de ce sujet mille fois traité ?
Avec vérité, beauté et simplicité, Amigorena se lance dans cette introspection salvatrice qui fera écho à plus d’un lecteur. C’est un livre qui peut se lire d’une traite, émouvant et subtil à travers la plainte d’un contemporain éperdu d’amour.

Un extrait : trois très courts chapitres qui vous donneront un aperçu de ce changement narratif

14

« Jeudi, six heure et demie du matin

Comme si le soleil entendait mes mots, il se lève, enflammant l’est d’ocre et de rose. Presque tous les souvenirs de ces deux derniers moi me disent que le futur qui nous attend – si jamais un futur, quel qu’il soit, nous attend quelque part- ne peut être semblalble qu’au deuxième voyage que nous avons fait à Venise, le triste voyage où l’amour était mourant. Mais le simple souvenir de ton regard, hier, dans la chambre des enfants, comme je t’offrais mon corps, comme tu me caressais, me dit que non, que seul le premier voyage est réel, que seul au premier voyage sera semblable la vie qui nous attend au-delà de cette aube nouvelle.
Hier soir, j’ai essayé de lire, mais je me suis endormi avant d’avoir fini la première page. Aujourd’hui, dès le réveil, avant d’écrire ces quelques mots, j’ai enfin commencé à lire ces Lettres à Lou qui t’appartiennent.

15

   En partant, sans trop savoir pourquoi, il avait pris ce livre d’Apollinaire qu’il lui avait lui-même offert quelques mois plus tôt. Il le lisait pour la première fois.

16

Vous étiez ce matin toute charmante et de la façon la plus inattendue. Dans votre robe à fleurs, on eût dit un écureuil s’ébattant à travers une roseraie en Perse. »

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