Terminus Belz, Emmanuel Grand

Terminus Belz, Emmanuel GrandTerminus Belz, Emmanuel Grand, Liana Levi, 09 Janvier 2014, 363 pages

A l’occasion d’une rencontre avec l’auteur sur Nantes, d’ailleurs fort sympathique, j’ai eu la chance de découvrir en avant-première ce nouvel auteur qui signe là son premier roman dans la catégorie policier.

Résumé :

Marko Voronine, d’origine ukrainienne, cherchant à fuir une vie misérable dans son pays, se retrouve avec quelques autres amis à l’arrière d’un camion conduit par des passeurs à qui, outre les 10 000 euros obligatoires, ils ont confié leur vie entre leurs mains. Ils sont trois hommes et une jeune fille sous la surveillance de l’un d’entre eux. Soudain, le camion s’arrête. Un petit arrêt pour se dégourdir les jambes, se soulager. On leur demande de descendre un par un. Et la fille se retrouve seule avec eux. Ce n’est pas bon, vraiment pas bon. Et la situation s’aggrave quand ils réalisent qu’ils sont enfermés. Bientôt, ils perçoivent des coups et comprennent que la jeune femme est en train de se faire violer par l’un des hommes. Il faut réagir vite et les prendre par surprise. Les passeurs sont mieux armés mais l’effet de surprise aidant, les réfugiés prennent le dessus. Ils les maîtrisent, s’emparent du camion et laissent derrière eux un cadavre. Il leur faut alors une fois arrivés à destination brûler le camion, se séparer sans se dire où chacun va et ne plus se donner de nouvelles. Et fuir, sans se retourner. C’est à ce prix-là qu’ils ont une chance de s’en sortir. Et encore, rien n’est gagné. Car ils ont la mafia à leurs trousses et ces hommes sont programmés pour tuer, se venger et rechercher les hommes où qu’ils soient, quelle que soit leur cachette. Marko se sent traqué. En outre, à tout moment, il peut subir un contrôle d’identité par la police française et être reconduit en son pays où sont restées sa mère et sa soeur. Il s’inquiète pour elles deux car la mafia pourrait bien faire payer à ses proches leur coup d’éclat avec les passeurs. Une fois seul, il s’arrête dans un bar, épluche les petites annonces et déniche un job de pêcheur sur une île bretonne. Il se fait embaucher sur un simple coup de fil et n’en revient pas de la facilité avec laquelle il a décroché un emploi. Bonne aubaine. Il espère avoir la possibilité de se faire oublier quelque temps là-bas et avec un peu de chance, décourager pour de bon les hommes qui le traquent. Arrivé sur cette île battue par le vent où tout le monde se connait, partage un verre au bar (a priori l’unique établissement sur toute l’île) où nouvelles et ragots vont bon train, il est rapidement pointé du doigt par l’un des hommes en colère le désignant comme l’étranger qui leur vole un emploi qui se fait de plus en plus rare. Belz a une population majoritairement de pêcheurs : un métier qui prend les allures d’un véritable sacerdoce, infernal par météo contrariée. Sur ce bout de territoire « la perle de l’Atlantique », les croyances celtiques autour de l’Ankou -autre nom pour le Malin- vont bon train alimentées par les souvenirs des uns et des autres et par l’abbé. Pour Marko, il est bien compliqué de trouver sa place et de passer inaperçu ce qui est son souhait le plus cher. Soutenu par son employeur, il devient « Marko Voronis » de nationalité grecque et tente de s’intégrer tant bien que mal dans cette communauté réduite et de s’habituer aux horaires pénibles en tant que pêcheur touché par le mal de mer ce qui constitue un sujet de plaisanterie pour les îliens.
Les croyances dans le surnaturel et le fantastique sont sur le point d’être ravivées par un drame des plus sinistres ce qui ne va faire qu’empirer la situation précaire de Marko.

Mon avis  :

   Un premier roman abouti, mené tambour battant avec une bonne dose de suspense et de fantastique entre croyances populaires et mythologie. Emmanuel Grand instaure une tension de plus en plus prégnante au fil des événements qui s’enchaînent. On ne peut que prendre fait et cause pour le personnage de Marko, immigré clandestin, qui n’aspire qu’à se faire une petite place dans la société : un travail qui lui permettrait un nouveau départ pour lui et sa soeur restées au pays. La voix de l’auteur s’élève en faveur de ces immigrés malmenés, ballottés, injustement accusés. Son travail préalable à l’écriture est soigné : l’écrivain s’est beaucoup renseigné avant le passage à la rédaction qu’il envisage comme une véritable architecture. On appréciera le fait qu’il sache si bien dépeindre certaines ambiances proprement maritimes : on imagine aisément les pêcheurs naviguant sur les flots tumultueux au péril de leur vie. Pour plus de réalisme, l’auteur prête aux protagonistes un langage simple avec quelques fautes de grammaire parfois ce qui peut être gênant pour le lecteur de même que certains stéréotypes attribués aux locaux parfois un peu simplets dans leur caricature. L’importance attribuée aux croyances populaires est, à mon sens, quelque peu poussive par endroits ce qui donne l’impression parfois que cette île (inspirée de l’île de Groix et de l’île d’Yeu aux dires de l’auteur) serait restée à l’âge de pierre, cela prête à sourire. D’autre part, comme la résolution de l’enquête nous est donnée à la toute fin, il reste quelques éléments qui auraient mérités d’être approfondis. Je ne peux rentrer davantage dans les détails sans vous en révéler trop…. Mais en résumé, cette lecture vous fera passer, tout comme moi je l’espère, un bon moment ! Et j’attends le second avec impatience…

Voici l’extrait d’un début de chapitre où le lecteur se retrouve immergé en milieu marin :

PARTIR

  « Sur Belz, les campagnes de pêche étaient rythmées par la marée. Tous les jours de l’année, en toutes saisons, les entrées et sorties du port s’effectuaient invariablement dans un créneau  de quatre heures autour de la pleine mer. A marée basse, le port, peu profond et tapissé de vase, ne conservait en son milieu qu’un chenal étroit, suffisant pour les petites embarcations mais impraticables pour les chalutiers.
Les marins sortaient épuisés de cinq campagnes nocturnes. La pêche de nuit, dans les grands froids de l’hiver, était un travail de forçat. Ils appareillaient avant minuit, chaque jour à une heure différente, et filaient sur les lieux de pêche en rang d’oignons, guidés par les pâles lueurs de la lune et les faisceaux étroits des projecteurs halogènes. Cette pêche réclamait de l’expérience et une vigilance de tous les instants, car à défaut de bien les voir, il fallait deviner les vagues, les sentir, les anticiper pour toujours bien orienter l’étrave du bateau. Elle n’était pas exempte de risques et certains l’avaient payé très cher, mais c’était le métier et c’était comme ça.
Pendant cinq jours, la météo avait été exécrable. Un vent glacial de nord-ouest soufflait ses quarante noeuds en permanence, formant des creux de quatre mètres à quelques encablures de la bouée de Pil’hours. Chaque soir, alors que les chalutiers et les caseyeurs ronronnaient dans le port
, des lames venaient se briser sur les digues dans un vacarme effrayant. L’avis de tempête n’avait cependant pas été diffusé, qui les aurait cloués à quai. Il fallait sortir et c’étaient les pires conditions qu’on puisse imaginer.
Marko souffrait de tout sur la
Pélagie. Du froid, du bruit, des brûlures du sel, du mal de mer. Caradec, au contraire, endurait ce régime avec une facilité déconcertante. Il avait raconté à son jeune matelot les campagnes de Terre-Neuve dans les années soixante-dix, quand il fallait trancher le poisson sur le pont par moins trente pendant douze heures d’affilée. Seuls les plus anciens avaient fait Terre-Neuve. »

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