Persona, Erik Axl Sund

Persona; Erik Axl SundLes visages de Victoria Bergman t.1 Persona, Erik Axl Sund, Actes Sud noirs, 2 Octobre 2013, traduit du suédois, 475 pages

Erik Axl Sund est le pseudonyme pour un duo d’auteurs suédois qui signent là leur premier roman que suivront deux autres tomes : Trauma sortie annoncée le 5 Février 2014 puis Catharsis.
Ils ont déjà reçu un prix dans leur pays.
Au vu de l’engouement pour les polars nordiques, cette trilogie s’annonce tel un petit phénomène et un potentiel gros succès. Sera-t-il en mesure de se hisser au rang d’une série telle que Millenium ou encore les excellentes enquêtes de Camilla Lackberg ?

Résumé :

Le lecteur va principalement suivre deux personnages centraux de ce polar glaçant qui traite sans détour de la pédophilie, de l’inceste, du mal incarné… Au coeur du roman, deux femmes : Sofia Zeterlund, psychothérapeute qui s’occupe en plus de ses patients habituels, de deux patients particulièrement délicats qui lui donnent du fil à retordre : Samuel Bai, ancien enfant soldat en Sierra Leone et Victoria Bergman qui a subi d’irréversibles traumatismes au cours de son enfance. Ces deux êtres semblent souffrir de schizophrénie et plus précisément, de personnalités multiples qui surgissent parfois sans prévenir. La psy marche toujours sur des oeufs lorsqu’elle les reçoit dans son cabinet. Elle a à coeur de les aider mais elle semble démunie et doit admettre son sentiment d’échec face à ces cas retors. L’autre figure féminine au coeur de Persona est Jeanette Kihlberg : inspectrice en charge d’une enquête qui s’annonce particulièrement complexe : un jeune garçon est retrouvé mort près du métro, le corps momifié et ayant subi une vraie torture prolongée avant de mourir. D’origine étrangère, sans identité, le jeune garçon ne semble être recherché par aucun parent. Il est le premier dans ce qui va très vite s’imposer comme une macabre série. Les policiers ne disposent que de très peu d’éléments et Jeanette sait, d’expérience, que les premiers temps d’une enquête sont primordiaux et déterminants pour la suite. Pour elle, cela s’annonce malaisé d’autant qu’elle est la seule femme dans son équipe et sa hiérarchie a tendance à lui mettre des bâtons dans les roues. Au centre du roman, une question lancinante nous est posée : « Combien de souffrances peut-on infliger avant de basculer dans l’inhumain et de devenir un monstre ? »

Mon avis :

Passée la complexité apparente du début du roman dans la mesure où les auteurs déconstruisent complètement leur livre : repères spatiotemporels chamboulés, personnages qui se dédoublent, victimes anonymes et dépersonnalisées, j’ai été happée par ce roman très noir qui ne mâche pas son propos. Âmes (trop) sensibles, s’abstenir car la violence est au coeur du roman et est déclinée sous toutes ses formes : pédophilie, inceste, meurtres morbides, combats humains, esclavagisme moderne…
La trame n’est pas linéaire : l’enquête principale est semée de plusieurs ramifications plus ou moins bien exploitées par le tandem suédois. La fin, un peu brutale, ne permet pas de clore tous les chapitres entamés. Dommage. Mais sans doute reviendrons-nous dessus au second tome. Quoiqu’il en soit, une petite bombe finale explose au visage du lecteur qui, frustré, voudrait connaître la suite. Plutôt ingénieux, non ?
Quant à la révélation de l’énigme policière même, elle n’était pas, à mon sens, très surprenante. Au lecteur de recueillir les indices laissés sur la route, de façon, peut-être trop voyante. Ou bien est-ce parce que j’ai eu l’occasion de lire des polars qui utilisaient les mêmes ficelles…
J’ai particulièrement apprécié le personnage de Jeanette qui se confronte à des difficultés sur plusieurs fronts : au travail et à la maison, notamment dans son couple. Le revirement qu’elle va connaître me semble néanmoins quelque peu sorti de nulle part bien qu’intéressant à exploiter. Bref, un roman plutôt captivant mais qui n’est pas du même acabit, selon moi, qu’un Lars Kepler ou un Camilla Lackberg dans la même collection. Cela ne m’empêchera pas de lire les autres car je suis tout de même curieuse de découvrir la suite !

Un extrait où l’on voit le Mal qui fait son oeuvre insidieusement

« le plafond
et les murs, le sol et le matelas, le plastique qui crissait sous ses pieds et la petite pièce avec douche et toilettes. Tout était à lui.
Les journées passaient à soulever des poids, à faire de douloureux exercices d’abdominaux et, des heures durant, à pédaler sur le vélo d’appartement qu’elle avait placé dans un coin de la chambre.
Dans les toilettes, il y avait une petite armoire pleine d’huiles et de crèmes dont elle l’enduisait chaque soir. Certaines sentaient fort mais faisaient disparaître ses courbatures. D’autres avaient un parfum merveilleux et rendaient sa peau lisse et élastique.
Il se regarda dans le miroir, banda ses muscles et sourit.
la chambre
était une miniature du pays où il était arrivé. Silencieuse, sûre, propre.
Il se souvint de ce que disait le grand philosophe chinois sur la capacité de l’homme à apprendre.
J’entends et j’oublie, je vois et je me souviens, je fais et je comprends.
Les mots étaient superflus.
Il se contenterait de la regarder et d’apprendre ce qu’elle voulait qu’il fasse. Puis il le ferait et il comprendrait.
La chambre était silencieuse.
Chaque fois qu’il faisait mine de vouloir dire quelque chose, elle lui posait la main sur la bouche avec un
chut. Quand elle communiquait avec lui, c’était par de petits grognements étouffés et précis, ou des gestes. Au bout d’un moment, il cessa tout à fait de parler.
Il voyait combien elle était contente de lui quand elle le regardait. Quand il posait sa tête sur ses genoux et qu’elle caressait ses cheveux ras, il se sentait calme. Par un petit ronronnement, il lui montrait qu’il aimait ça.
La chambre était sûre.
Il l’observait et apprenait, imprimait ce qu’elle voulait qu’il fasse et, à la longue, il cessa de penser par mots et phrases pour rapporter toutes ses expériences à son propre corps. Le bonheur était une chaleur au ventre, l’inquiétude une tension dans les muscles de la nuque.
La chambre était propre.
Il se contentait de faire et comprendre. Sensations pures.
Jamais il ne disait un mot. S’il pensait, c’était par images.
Il serait un corps, et rien d’autre.
Les mots n’avaient aucun sens. Ils n’avaient pas de place dans la pensée.

Mais ils étaient là, et il n’y pouvait rien.
   Gao, pensa-t-il. Je m’appelle Gao Lian. »

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