D’après une histoire vraie, Delphine de Vigan

d-apres-une-histoire-vraie-de-delphine-de-viganD’après une histoire vraie, Delphine de Vigan, paru chez Lattès le 26 Août 2015, 479 pages.

Delphine de Vigan a écrit plusieurs romans dont No et moi adapté au cinéma par Zabou Breitman et son avant-dernier roman qui faisait la part belle à son histoire familiale : Rien ne s’oppose à la nuit avait connu un énorme succès et avait été récompensé par le Renaudot des lycéens et le grand Prix des lectrices Elle.
Après une longue absence, elle revient en force sur le devant de la scène littéraire.

L’histoire du roman D’après une histoire vraie :

L’auteure se met en scène en expliquant qu’après la médiatisation autour de son roman qui fut une réelle surprise pour elle, elle était épuisée et fragilisée. Lors de nombreuses séances de dédicaces, les questions fusaient : « Est-ce que tout ce que vous écrivez est vrai? » et cette autre interrogation plongeant la romancière dans une angoisse sans fin :« Qu’allez-vous écrire après ça? ».
C’est ce que Delphine de Vigan se demande : comment reprendre la plume après un roman si intime ? La femme est fragile et cette écriture a été aussi nécessaire que douloureuse, elle ne s’en cache pas.
Quelque temps après la publication de Rien ne s’oppose à la nuit, elle reçoit des lettres anonymes chez elle qui sont emplies de haine et l’accusent de mensonge quant au propose de son roman. Virulentes, elles déstabilisent l’auteure. C’est dans ce contexte chargé émotionnellement que la narratrice qui s’annonce comme un double de l’auteure, va être abordée lors d’une soirée par la troublante L., nègre superstar, veuve, femme aussi élégante que mystérieuse dont l’emprise sur Delphine se resserre peu à peu jusqu’à en devenir inquiétante.
Elle va devenir la confidente, l’amie, la colocataire, le soutien au moment même où la confiance de la narratrice est au plus bas. Elle sait être totalement indispensable. Delphine peu à peu s’en remet à elle.
Devenue incapable physiquement de se tenir devant un ordinateur, d’écrire un mail ou même une banale liste de courses, L. remplit à sa place ses devoirs allant jusqu’à se faire passer pour elle dans un cas de force majeure.
Mais qui est vraiment L. ? Que cherche-t-elle ? Elle semble si déterminée à voir Delphine reprendre la plume pour écrire sur sa vie et surtout pas une fiction qu’elle réprouve, que ce désir apparaît incongru aux yeux du lecteur.

Mon avis :

Il y aurait tant à dire sur cet excellent roman de Delphine de Vigan ! Mais il ne faut pas trop en révéler bien sûr…
Passionnant, d’une justesse de ton et d’une maîtrise romanesque imparable, c’est un grand roman de la rentrée littéraire. Il se dévore littéralement.
De Vigan joue avec une virtuosité exceptionnelle et une bonne dose de témérité sur les codes du roman et les registres de genre. Pratiquement inclassable, il nous échappe sans cesse. Comme elle l’avait deviné, en tant que lecteur, nous cherchons à débusquer la part du réel, de l’autobiographie dans ce roman, nous nous précipitons sur internet pour vérifier tel ou tel dire. Autobiographie ? Autofiction? Roman personnel ? Essai sur la littérature ? Thriller psychologique ? Les nombreuses discussions très étayées entre L. et Delphine qui argumentent dans deux directions opposées sont aussi riches que réalistes. Les deux visions tiennent la route. Est-ce une façon pour l’auteure de nous prouver que la pure fiction comme la pure autobiographie n’existent pas ? Ce qui est certain, c’est qu’elle brouille les genres et c’est tout simplement génial.
Elle garde une forme de mystère sur l’existence de L. et leur relation. L. pourrait être un double ou un modèle pour Delphine de Vigan. Elle l’admire pour son apparence, elle écrit tout comme elle, est dotée d’un culot et d’une autorité naturelle d’autant plus impressionnants que la narratrice se décrit à loisir comme une grande timide, un caractère fragile et névrosé qu’elle dompte à grand peine. L. représente aussi une amitié toxique, vénéneuse dont tout auteur, quand il rencontre la gloire, devrait avoir à se méfier.
Un seul mot pour résumer : brillant !

Régalez-vous de cet extrait :

« Je sentais que L. était gagnée par une colère sourde, brutale.
– Et ton dernier roman, alors, c’est juste une histoire comme une autre ? Cela n’a pas d’importance ? Tu imagines que tu en as fait assez pour que la vérité soit dite ? Et maintenant que tu as fait un petit pas de côté et que tu as failli te fouler le pied, tu te sens autorisée à revenir dans ta zone de confort ?
Je sentais son regard indigné sur moi, braqué comme une arme. Je commençais à me sentir coupable de quelque chose qui n’existait pas, dont je n’avais pas écrit la première ligne, cela n’avait aucun sens.
– Mai il n’y a pas de vérité. La vérité n’existe pas. Mon dernier roman n’était qu’une tentative maladroite et inaboutie de m’approcher de quelque chose d’insaisissable. Une façon de raconter l’histoire, à travers un prisme déformant, un prisme de douleur, de regrets, de déni. D’amour aussi. Tu sais très bien tout cela. Dès lors qu’on ellipse, qu’on étire, qu’on resserre, qu’on comble les trous, on est dans la fiction. Je cherchais la vérité, oui, tu as raison. J’ai confronté les sources, les points de vue, les récits. Mais toute écriture de soi est un roman. Le récit est une illusion. Il n’existe pas. Aucun livre ne devrait être autorisé à porter cette mention.
L. ne disait plus rien.
J’ai pensé une seconde lui citer la fameuse phrase de Jules Renard (« dès qu’une vérité dépasse cinq lignes, c’est du roman ») mais je me suis arrêtée. L. n’était pas du genre à se laisser impressionner par une citation sortie de son contexte. »

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