Quand nous étions heureux, Rebecca Coleman

Quand nous étions heureux, Rebecca Coleman, paru chez Presses de la Cité le 5 Juin 2014, 391 pages.

Rebecca Coleman signe là son troisième roman mais son premier traduit en français.

Mon résumé :

Jill et Cade, tous deux étudiants à l’université, âgés de 21 ans sont amoureux. En couple depuis un an, Jill tombe enceinte accidentellement. Cette nouvelle donne va changer le cours de leurs vies à tous les deux. Jill a été élevée par sa mère qui a perdu la vie il y a quelques années dans un accident d’avion. C’est une jeune femme avenante et pleine de ressources qui s’inquiète néanmoins du refus de Cade de la présenter à sa famille. En effet, le jeune homme n’est pas pressé d’accélérer cette inévitable rencontre. Qui cherche-t-il à protéger ? Lui-même, Jill ou sa famille?
Pourtant, cet été-là, dans le but d’économiser pour leur futur enfant, Jill et Cade décident de le passer dans la famille de Cade dans un coin excentré du New Hampshire. Jill est alors fermement déterminée à conquérir l’estime de chacun des membres de cette famille et à s’y intégrer coûte que coûte.
Mais ces quelques mois passés là-bas, dans une ambiance quelque peu tendue et malsaine, au coeur d’une famille hétéroclite et très particulière, auront des conséquences inattendues. Jill va tout d’abord se rapprocher du frère de Cade, soldat revenu d’Afghanistan, qu’elle avait rencontré une première fois lors de son retour du front. De héros conquérant, il s’est plus ou moins mué en loque humaine, passant ses journées à manger en regardant des idioties à la télévision. La métamorphose est aussi fulgurante qu’inquiétante. Mais dans cette famille, on a tendance à minimiser la gravité des maux. Un homme qui a fait la guerre, doit être fort et s’en sortir sans aide.  Jill cherche à le soutenir à sa manière mais la tâche est malaisée… Elle n’est pas au bout de ses efforts ni de ses peines.

Mon avis :

La construction originale grâce à l’alternance de chapitres donnant voix à différents protagonistes (essentiellement le couple Jill-Cade) confère une intensité au récit renforcée par quelques phrases clés préfigurant le drame à venir…
Une des thématiques majeures de ce roman parfaitement maîtrisé, c’est le traumatisme des soldats américains une fois revenus à la vie civile et la négation de cette souffrance par la société. Rebecca Coleman a approfondi ses recherches pour coller, dans son roman, au plus près de la vérité. La famille qu’elle décrit avec ses rancunes, ses excès, ses petits trafics, son prosélytisme et ses échecs cristallise à elle seule l’image dune Amérique en déperdition. Les personnages diversifiés confèrent à ce roman très poignant  une saveur particulière.
La fin est belle et, renvoyant au début, sonne juste. L’auteure a réussi le pari de traiter de ce beau sujet si délicat sans tabou ni pathos à l’extrême. Une belle réussite sans être un tour de force dans l’écriture mais fluide et agréable à lire.

Un extrait où le lecteur perçoit les pensées de Jill :

« Chez les Olmstead, les relations semblaient caractérisées par les ruptures et l’impossibilité à communiquer, aussi bien dans la famille étendue et la communauté qu’au sein même du foyer ; à la maison, l’atmosphère était chargée de rancoeurs qu’on se gardait bien d’évoquer. Pas étonnant que Cade déteste rentrer chez lui. Pendant toutes ces années où ma mère m’avait élevée seule, je n’avais jamais imaginé à quel point il pouvait être difficile de vivre dans une famille « classique ». De l’extérieur, cela m’apparaissait comme la chose la plus simple et la plus naturelle du monde.
Peut-être que ce sera différent après la naissance du bébé. Le simple fait de s’occuper ensemble d’un nouveau-né rapprocherait peut-être les membres de la famille ; un baptême pourrait même être l’occasion de tendre la main à Randy et à sa famille et de mettre un terme à l’hostilité de Dodge. Cela permettrait peut-être à Elias de donner un sens nouveau à sa vie et constituerait une distraction bienvenue de tout ce qui lui tournait dans la tête. Telles étaient les pensées, grisantes et optimistes, qui me traversaient l’esprit pendant que Cade tentait de trouver un sens à la disparition du bassin de sa jeunesse.
Après tout, ainsi que sa mère l’avait souvent affirmé, n’hésitant jamais à évoquer sa propre expérience si marquante, il n’était jamais trop tard pour prendre un nouveau départ. Ma mère, cependant, n’était pas une Olmstead. J’allais hélas le constater à maintes reprises par la suite. »

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