Le fils de Sam Green, Sibylle Grimbert

Le fils de Sam Green, Sibylle Grimbert Le fils de Sam Green, Sibylle Grimbert, Anne Carrière, 22 Août 2013, 185 pages

Résumé :

Le fils de Sam Green est directement inspiré de la retentissante affaire de l’américain Bernard Madoff, « l’homme qui valait cinquante milliards », le plus grand escroc de tous les temps arrêté par le FBI en 2008 et condamné à une peine de 150 ans de prison pour laquelle il n’a pas fait appel.
Le roman de Sibylle Grimbert se concentre sur le fils de « Sam Green » et, en s’immisçant dans ses pensées intimes, imagine ce qu’un membre proche pourrait avoir vécu et ressenti. Il s’agit bien d’un roman, l’auteure s’est largement documentée sur les mécanismes financiers et les rouages de cette escroquerie en particulier, toutefois, elle ne livre pas un documentaire sur cette affaire mais un vrai roman qui se concentre sur le fils.
L’un des fils de Madoff s’est suicidé peu de temps après l’affaire. Il travaillait aux côtés de son père et se retrouvait accusé d’avoir pleinement profité des agissements frauduleux de son paternel.
Sibylle Grimbert s’intéresse donc au fils en se demandant ce qu’on peut bien ressentir quand on est ainsi dupé par son propre père.
Elle n’en fait pas un personnage blanc comme neige mais elle parvient à le rendre humain et vulnérable. Si l’opinion publique a eu tendance à mettre le fils dans le même sac que son père, le narrateur abhorre ce que son père a été et se voit comme une énième victime naïve et manipulée par ce Sam Green tout-puissant. Il revient sur l’affaire et l’avant : lorsqu’il travaillait aux côtés de son père mais pas dans le même service. En effet, ce dernier s’ingéniait à mettre une vraie distance entre lui et son fils ce qui peut s’apparenter rétrospectivement à une forme de protection (mais de lui-même ou de son fils alors ?) . Le fils, quelque peu excédé, d’être relayé au second plan, questionne son père à ce propos. Ce dernier, avec un tour de passe-passe, lui explique qu’il n’a pas encore fait le tour de la question et qu’il doit apprendre davantage.
Les doutes véritables viendront plus tard : certains bureaux laissés dans la vétusté comme si Sam Green ne cherchait pas même à cacher cette entourloupe ; une aide refusée à un ami d’enfance qui a posteriori révèle une certaine humanité dans le personnage qui  a préféré recommander son ami à son fils ce qui pouvait passer pour de l’indifférence ou de l’égoïsme mais qui, en réalité, était le signe d’une volonté d’épargner cet ami-là….
Lorsque le fils est convaincu de la duplicité de son père , il l’accule pour lui faire sortir la vérité de sa bouche ce qui semble bien ardu. Son père sait comment manipuler son propre fils qui vient justement d’être père. Il se montre carrément méprisant à son encontre.Est-il prêt à renoncer à son statut social ? A son univers de facilité, de richesse, du tout-clinquant et superficiel qui est le sien depuis toujours ? Comment vit-on autrement quand on est depuis la naissance habitué à ce que votre nom, synonyme de richesse, prospérité et talent, vous ouvre absolument toutes les portes ?
En réalité, le fils de Sam Green réalisera au moment où il verra son père sombrer, sans rien faire pour en arrêter le mouvement amorcé, qu’il a bien plus à perdre que son statut social. C’est la chute d’un homme qui se déroule sous nos yeux de lecteur.

Critique :

Sibylle Grimbert signe, avec son septième roman, une histoire originale, très bien construite, captivante dans la mesure où elle nous replonge dans un fait réel mais avec un point de vue étonnant qui nous incite à ôter nos oeillères. Bien que tout soit joué depuis le début du roman, elle insuffle une tension dans son récit qui tient véritablement en haleine son lecteur. Son personnage est bien campé, ni tout blanc, ni tout noir. Ce n’est pas un monde manichéen dans lequel l’écrivaine nous plonge, au contraire, elle confère une certaine humanité à tous. Cet univers de loft luxueux, de promenades en yacht, de vêtements griffés et de réceptions arrosées de champagne perd de son pouvoir d’attraction à la lecture de ce bon roman à l’écriture intimiste !

Un extrait pour vous plonger dans l’univers de Sam Green :

   « Il et dix heures et demie du soir et peut-être pour la vingtième fois aujourd’hui ma mère essaie de me joindre au téléphone. J’imagine qu’elle veut savoir comment s’est passée la visite au parloir, mais il ne me paraît pas très urgent de la lui raconter. Toutes les visites désormais seront les mêmes, alors pourquoi précipiter un récit qui ne fera que se répéter ? Au moins, je crée un minimum de suspens.
Il fait nuit et, depuis le début de cette histoire qui m’a rendu insomniaque, je sais que la nuit déforme les événements, crée une forme de lucidité perverse car monolithique. Tous les faits y apparaissent figés, comme prisonniers du faisceau lumineux d’une lampe, dénués de lien avec ce qui les entoure, qui s’est perdu au loin dans la pièce non éclairée ; chaque détail est isolé, enfermé dans sa logique propre, il n’y a pas la nuance que crée la divagation du jour
, la contradiction des couleurs qui se chevauchent dans le paysage, ou l’activité tout simplement. Par exemple, à cette minute, je revois l’arrestation de mon père, et je ne a perçois qu’au-travers de sa stupéfaction : soudain, j’oublie sa responsabilité et comment il a causé ce qui est arrivé. Je ne fais que fixer la main d’un agent posée sur son dos, le poussant doucement pour l’aider à avancer vers l’ascenseur jusqu’à a la rue. Je vois sa faiblesse, sa morgue pathétique et déplacée qui accentue par opposition sa fragilité de vieillard, cette morgue qui accroîtra plus tard l’indignation à son sujet. »

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