A la grâce des hommes, Hannah Kent

A la grâce des hommes, Hannah KentA la grâce des hommes, Hannah Kent, paru chez Presses de la Cité, 15 Mai 2014, 393 pages

Hannah Kent vit en Australie où elle s’occupe d’une revue littéraire en achevant son dotorat. Elle signe là son premier roman qui lui a demandé des années de recherche préalable.

Mon résumé :

L’auteure s’est emparée d’un fait historique avéré : la dernière condamnation à mort en Islande en 1829, pour en faire un roman intime et dense.
Agnes Magnusdottir est accusée d’avoir tué son amant Natan de nombreux coups de couteau et d’avoir incendié la maison à l’aide de deux complices. Dans un pays sévère, enclin au jugement, Agnes, sans véritable procès, se voit mise au ban de la société et honnie par la population.
Avant son exécution, dans un souci d’économie, elle va être placée quelques mois chez une famille très modeste possédant une petite exploitation agricole.
Son arrivée provoque l’agitation et l’émoi dans ce microcosme qui la considère avant tout comme une tueuse sans remords, capable d’une grande violence. Agnes a subi de très mauvais traitements avant d’arriver dans la ferme. Si elle paraît en premier lieu froide et résignée, avec l’aide du sous-révérend Toti, qui la prend sous son aile malgré son manque d’élan chrétien, ainsi que Margret, la mère de famille revêche au premier abord et de sa fille aînée Steina, elle va peu à peu dévoiler sa personnalité et le récit de sa vie qui l’a menée aux tragiques événements.

Mon avis :

Sans pathos ni romantisme, Hannah Kent propose un roman authentique et poignant de bout en bout avec une héroïne singulière. Le portrait psychologique que l’écrivaine en dresse est intéressant et riche de par sa complexité. Le lecteur découvre une jeune femme sur le point d’être condamnée et qui n’a ni famille, ni  amis, ni soutien. Les quelques mois qu’elle va vivre entourée d’une famille qui n’est pas la sienne, présentent un portrait de femme courageuse et indépendante qui s’est construite seule et que l’intolérance et la froideur, qui sont celles de l‘Islande du XIXème, vont rejeter sans possibilité de rédemption.
Le roman polyphonique d’Hannah Kent nous plonge dans la réalité crue d’un quotidien difficile, d’un paysage parfois sinistre, de saisons meurtrières et d’une population tout à la fois pieuse et rancunière.
Elle brosse à merveille le portrait de ces anonymes qui subissaient souvent un quotidien très difficile dans le plus grand dénuement. Malgré le manque de confort, la pauvreté et la dureté du métier, la famille chez qui Agnes se trouve placée, fait contre mauvaise fortune bon coeur et sait se rtrousser les manches quand il le faut.
Voilà un très bon roman qui fourmille de renseignements historiques, avec de très beaux portraits humains et une maîtrise d’autant plus impressionnante qu’il s’agit d’un premier roman.

Un extrait où Margret rencontre Agnes :

   « Margret ne s’attendait pas à la trouver dans un état si pitoyable. La condamnée portait une robe en drap de laine grossier, comme la plupart des filles de la ferme _ mais la sienne était si tachée, si crasseuse, que le bleu d’origine ne se voyait quasiment plus sous les auréoles graisseuses qui maculaient l’encolure et les manches. Une épaisse couche de boue séchée déformait le vêtement, qui pendait gauchement sur son corps. Ses bas de laine délavés, également bleu foncé, étaient complètement trempés. L’un d’eux s’était déchiré, dévoilant un triangle de peau pâle. Les coutures de ses chaussures, manifestement en peau de phoque, s’étaient rompues, mais la couche de boue qui les recouvrait empêchait Margret d’évaluer les dégâts. Elle ne portait pas de coiffe et ses cheveux emmêlés, divisés en deux longues tresses brunes, luisaient de crasse. Plusieurs mèches tombaient mollement dans son cou. On aurait dit que les gardes l’avaient traînée dans la boue depuis Stora-Borg. Impossible de voir son visage : elle fixait obstinément le sol.
_ Regardez-moi.
Agnes leva lentement la tête. Margret grimaça. Une tache de sang séchait au coin de ses lèvres et des coulées de boue striaient son front. Un hématome jaunissait sa peau, du menton jusqu’à la base du cou. Lorsque ses yeux quittèrent le sol pour croiser ceux de Margret, celle-ci fut troublée par leur intensité : leur éclat semblait encore avivé par la saleté de ses joues. »

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