Juste avant l’oubli, Alice Zeniter

juste-avant-loubliJuste avant l’oubli, Alice Zeniter paru chez Flammarion en coédition avec Albin Michel le 19 Août 2015, 285 pages.

C’est le cinquième roman de la jeune auteure Alice Zeniter déjà récompensée par le Prix du livre Inter pour son précédent Sombre dimanche.

L’histoire :

Franck rejoint sa petite-amie Émilie sur une petite île sauvage perdue dans les Hébrides où se tient un colloque concernant l’illustre écrivain décédé : Galwin Donnell qui fascine depuis toujours tant par son œuvre que par sa vie. Émilie, la première, voue un véritable culte à cet auteur auquel elle consacre une thèse. Franck est infirmier, il aime son métier et sa compagne et nourrit le projet de fonder une famille avec elle. Projet différé à cause de la reprise des études qu’a entamée Émilie. Pourtant, Franck ne renonce pas, dans sa valise, il a emporté une bague de fiançailles car il a l’intention de demander la main de la femme qu’il aime et qu’il pense connaître par cœur.
Pourtant, au sein de ces universitaires si installés, si sûrs de leur fait, Franck trouvera-t-il sa place ? Et le moyen de mener à bien son projet ? Les choses se déroulent rarement comme prévu…

Mon avis :

Alice Zeniter, du haut de ses vingt-neuf ans, est drôlement culottée. Elle a entièrement inventé un auteur, lui prêtant une œuvre complète, des citations qui sonnent juste, une biographie et une bibliographie très pointue. C’est précis et réaliste. Cet auteur de fiction semble plus vrai que nature. En le créant, Alice Zeniter le fait exister sous nos yeux. Elle prête la même précision à cet auteur fictif qu’au paysage de l’île de Mirhalay, encore une invention (on est en droit de s’interroger sur le pourcentage de ses lecteurs qui iront vérifier sur le net…) ou encore au déroulement des journées internationales de conférences universitaires.
Voici un roman complet comprenant plusieurs niveaux de lecture : la force et les faiblesses d’un couple qui se fréquente depuis huit ans, les espoirs de chacun, la fascination démesurée pour un auteur charismatique, la libre interprétation de la littérature, les mystères troublants, l’insularité…
La lecture est tout à fait passionnante et exaltante, tous les personnages crédibles.
La fin, prévisible jusqu’à un certain degré et donc également surprenante, est bien menée.
Alice Zeniter a une écriture aboutie et remarquable qui sert allègrement ses propos.
Une réussite qui plaira encore plus aux amateurs de belles lettres, de romans policiers et ceux qui connaissent le milieu universitaire.

Dans ce passage, vous voyez comme l’écriture coule d’elle-même :

   « Émilie avait une capacité de concentration qui pouvait être effrayante. Lorsqu’elle se plongeait dans ses réflexions, elle était capable de faire instantanément disparaître le reste du monde. La seule chose qui ne disparaissait jamais – quel que soit son degré de concentration-, c’était Émilie elle-même. Elle ne se dissolvait pas dans son intérêt pour un sujet, au contraire, elle existait face à lui, entrait en relation avec lui, forçait – d’une certaine manière – le sujet à dialoguer avec elle.
Il en résultait qu’Émilie entretenait avec les différents thèmes et auteurs abordés au cours de ses études une relation intérieure et intime qui dépassait de beaucoup le degré d’investissement que l’université était en droit d’attendre de ses chercheurs. Elle n’en faisait pas étalage. Elle le cachait, même, derrière un abord sérieux et froid.
Nul ne pouvait soupçonner par exemple, à la vue des articles parfaitement référencés qu’elle avait publiés sur Galwin Donnell dans diverses revues de critique et de théorie littéraires, qu’elle gardait précieusement dans son portefeuille une photographie de l’auteur, prise à Édimbourg en 1961. »

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