Dieu me déteste, Hollis Seamon

Dieu me déteste, Hollis SeamonDieu me déteste, Hollis Seamon, 13 Mars 2014 chez La Belle colère, traduit de l’anglais par Marie de Prémonville, 216 pages

Voici une nouvelle collection « la belle colère » qui fait la part belle aux adolescents sans se restreindre à un jeune public, elle a vocation à être appréciée du lectorat adulte.

Hollis Seamon est américaine, elle vit à New York où elle situe son histoire. Elle enseigne par ailleurs l’anglais. Le milieu hospitalier qui est un élément central dans cette histoire, elle le connait bien pour avoir arpenté ses couloirs en allant rendre visite à son fils.

Résumé :

Richard Casey ou Richie, jeune homme à l’aube de ses dix-huit ans, se trouve en cet hiver à l’hôpital de New York dans le service des soins palliatifs où il nous explique que les patients n’y restent pas plus de trente jours ; généralement, ils meurent après tandis que les autres rentrent chez eux. Richie a l’expérience des hôpitaux, il ne s’attarde pas sur sa grave maladie qui le mène en bout de course dans le service hospitalier très spécial où il croise d’autres mourants comme lui.
Sans s’apitoyer sur lu-même (il y a pourtant matière !) avec le ton désinvolte, désabusé et parfois provocant d’un vrai ado d’aujourd’hui, il nous conte son quotidien truffé de visites, de soins, de professionnels qui gravitent autour de lui, de douleurs qu’il renie… mais encore de belles rencontres, de grosses bêtises orchestrées avec l’aide de complices, de rigolades, de surprises, d’amour aussi !
Richard est fils unique, il a été élevé par sa mère qui bataille pour mener seule sa barque, refusant toute aide. Mais les circonstances sont exceptionnelles et bientôt l’oncle Phil débarque et met un sacré coup de pied dans cette fourmilière. La mère de Richie se serait bien passée de voir son frère embarquer son fils dans une virée new yorkaise improbable. Pourtant Phil, éternellement immature et farceur n’a pas besoin de pousser trop son neveu pour qu’il brave l’interdit.

   Puis ce sera le tour de la grand-mère encore très jeune  (car dans la famille les femmes deviennent mères de bonne heure) de venir au chevet de Richie qui, comme tout ado digne de ce nom, se damnerait parfois pour un moment de tranquillité sans ce ballet incessant de visiteurs et de personnel hospitalier qui gravitent autour de lui. Et a fortiori lorsqu’il fait la rencontre enivrante d’une jeune fille de son couloir aussi belle que déterminée et populaire…

Mon avis :

Un ado gravement atteint nous invite à pénétrer son univers fait de maladie, d’odeur d’hôpital et de mort… Sinistre, non ? Eh bien, étonnamment non car Richie a un esprit bien plus aiguisé et alerte que son corps usé et il a décidé d’expérimenter tout ce qu’il pouvait avant la fin. Pas de place au pathos ni à la nostalgie ici. Les paroles qu’il emploie pour décrire son monde sonnent juste et la kyrielle de personnages qu’il nous fait découvrir amène du piment à cette histoire. Le lecteur l’imagine aisément et s’attache à ce bout d’homme qui trouve encore l’énergie de plaisanter ou d’aimer, comme ça, mine de rien. Une belle leçon de vie tout de même.
Voici un roman qui se lit d’une traite, simple et authentique avec une fin qui arrive un peu trop vite. Il passera entre les mains de toute la famille (bon les ados et leurs parents, pas les bambinos non plus).
Il m’a fait penser au roman très fort de Jenny Downham : Je veux vivre, qui mettait en scène une jeune fille condamnée mais résolue à vivre avant tout, avant le générique de fin ; il serait le pendant masculin puisque là c’est un héros et non une héroïne et quelque part moins larmoyant.

Un extrait qui, je l’espère, vous donnera envie d’aller plus loin :

   « Depuis la douche, je crie : « Hé, oncle Phil, par ici ! » Edward a juste le temps de me jeter un gant de toilette sur l’entrejambe : brusquement, Phil remplit toute la cabine embuée de son odeur de bacon, de majijuana et d’air pur _ ma vision du paradis, en quelque sorte. J’essaie de me redresser sur mon tabouret, et aussi de bomber le torse, histoire d’avoir l’air plus grand et plus fort. Et quand Phil pose les yeux sur moi, je l’accueille avec un bon vieux sourire.
Ses baskets se dérobent littéralement sous lui, et il se retrouve assis sur le derrière sur le carrelage mouillé. Pendant une seconde ou deux, il reste prostré là, la tête dans les mains, figé comme une statue. Alors je vois mon héros sous un autre angle : il a deux ans de moins que ma mère, ce qui veut dire qu’il a à peine plus de trente ans. Mais il a plutôt l’air dans la quarantaine, assis là, la tête baissée. Il a une tonsure parfaite à l’arrière du crâne, comme un cercle dessiné par les extraterrestres dans le champ broussailleux de ses boucles brunes. Et il est, comment dire… _ soyons franc, il est courtaud. Sa bedaine bien ronde déborde par-dessus la boucle en argent clinquante de sa ceinture de cow-boy. Mais ce type, il a du caractère, vous voyez ? Parce qu’après s’être laissé aller à ce petit coup de mou, il se ressaisit dare-dare. Il lève la tête et, malgré ses yeux tout  mouillés, il sourit encore plus que moi. Il se redresse sur les genoux et me fait sa petite révérence de chevalier devant mon tabouret, en agitant un chapeau imaginaire et en s’inclinant bien bas. « Votre humble serviteur, Majesté, vient se prosterner à vos pieds royaux. »
C’est l’oncle Phil tout craché, toujours en train de faire l’andouille. »

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