Vie et mort de Sophie Stark, Anna North

vie et mort sophie starkVie et mort de Sophie Stark, Anna North le 19 Août 2015 chez Autrement, traduit de l’anglais par Jean Esch, 376 pages.

Anna North vit à Brooklyn et travaille comme journaliste au New York Times. Elle fait partie de l’Atelier des écrivains. Vie et mort de Sophie Stark est son premier roman traduit en français.

Mon résumé :

Qui est Sophie Stark ? C’est ce que chaque chapitre, à travers la vision personnalisée d’un proche, s’évertue à faire. Tour à tour, son frère, celle qui fut sa maîtresse après avoir joué dans son film, un producteur, son mari, etc.. prennent la parole et parlent de ce drôle de bout de femme qu’est Sophie. Une jeune femme atypique passionnée de cinéma et qui devient réalisatrice se faisant remarquer par la critique.
Le lecteur la voit toujours à travers les yeux des autres mais peu à peu se dessine son portrait entre les morceaux de biographie des autres protagonistes.
Sophie Stark a changé de nom et ce choix légitime une anecdote. Elle n’a pas eu une enfance facile malgré un frère aimant et protecteur. Elle est à part et dérange par sa bizarrerie qu’elle ne cherche pas à corriger. Elle est, malgré son talent filmique indéniable, inadaptée pour la vie en société, consciente de cela sans vouloir le changer. Elle semble quelque peu froide, insensible, peu reconnaissante sans être nocive. Ces aspects-là font aussi d’elle une personnalité touchante. Elle est également honnête, véritable, sans concession et passionnée. C’est un être qui nous échappe sans cesse jusqu’à la fin.

Ce que j’en ai pensé :

Vie et mort de Sophie Stark est un roman brillant, exaltant, doté dune écriture qui sonne juste pour chaque personnage s’exprimant à la première personne, avec une certaine unicité de ton au demeurant.
La lecture est passionnante et terriblement addictive. Le lecteur se prend au jeu dès les premières lignes de chaque chapitre qui donne alors à voir une pièce du puzzle de l’énigmatique figure principale. Les histoires parallèles qui gravitent autour de la trame principale sont toutes recherchées et riches.
On a la sensation que Sophie Stark est bien réelle et la tension que fait courir Anna North tout au long du roman confère une puissance narrative rare.
L’auteure est dotée d’un véritable talent de conteuse et d’une solide connaissance cinématographique qu’elle sait à merveille partager.
Une réussite !

Un petit avant-goût à savourer :

   « C’est Sophie qui m’a élevé, en quelque sorte. On s’est élevés mutuellement. Notre père était mort, notre mère était jeune, triste et indécise : un jour, elle était très Amway, et le lendemain, il n’en avait plus que pour Jésus. Elle ne s’est jamais vraiment intéressée à nous. C’est Sophie qui m’a appris à lire et à dessiner, à m’accroupir discrètement dans l’herbe derrière le drugstore pour espionner les gens : les ados qui se bécotaient, ou notre institutrice en train de pleurer, et même une fois notre mère qui regardait des photos d’un homme qu’on ne connaissait pas, avec une expression qu’on ne lui avait jamais vue. Moi, je lui ai appris à faire cuire un hot-dog, à nettoyer une plaie et à baratiner les adultes pour se sortir d’un mauvais pas – elle n’était pas très douée pour ça, et très souvent j’ai dû m’en charger à sa place.
Je donne peut-être l’impression qu’on s’entendait très bien, et c’est le cas, mais à côté de ça elle faisait un tas de choses que je ne comprenais pas. »

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