Une vie à soi, Laurence Tardieu

une vie à soiUne vie à soi, Laurence Tardieu, paru le 20 Août 2014 chez Flammarion, 187 pages.

Le dernier livre de Laurence Tardieu est dans la veine de ses précédents : La confusion des peines (adressé à son père) et L’écriture et la vie où elle évoquait déjà son retour à l’écriture ; là encore, le ton est très introspectif.

En partant de l’exposition à Paris au musée du  jeu de Paume concernant Diane Arbus, Laurence Tardieu va évoquer sa propre vie : son enfance, son désir de devenir écrivain, la perte de sa mère, ses rapports houleux avec sa famille mais encore la découverte de son corps, de la sexualité… tout en faisant le parallèle avec la photographe Diane Arbus proposant une nouvelle approche de son art, étant critiquée avant d’être reconnue par ses pairs un peu plus tard.
En Diane Arbus, Laurence Tardieu reconnait ses propres fêlures, ses questionnements, son parcours à tâtons, ses manquements, sa difficulté à être tout simplement… L’évocation de la vie de la photographe fait écho à la sienne propre et lui donne des jalons pour construire son livre : « Lorsque je t’ai rencontrée, Diane, à peine t’avais-je rencontrée au coeur de mon trou noir que je t’avais reconnue, et je ne cesserais de te reconnaître ensuite, tu étais soudain ma soeur, ma jumelle, mon double […] »
Le sentiment de différence et d’isolement inhérent à l’auteure, la découverte de l’écriture et cette sensation de libération qu’elle en éprouve, la présence du corps dans son rapport à l’autre sont quelques-unes des thématiques largement exploitées dans le très touchant Une vie à soi tout de pudeur et de retenue malgré son propos intimiste. On aime à lire Tardieu pour la grâce de ses formules, l’émotion qui affleure à chaque page. Et c’est aussi un vibrant hommage à Diane Arbus que l’écrivaine dit être un double d’elle-même et qui, semble-t-il, l’a sauvée dans une période où elle se sentait inapte à écrire donc à vivre.

Croquez cet extrait en forme de morceau d’enfance de l’auteure :

   « Dans ma chambre, j’invente des histoires que je me raconte très doucement. Ce que j’invente existe, ce que j’invente me fait battre le coeur. Personne ne peut m’entendre et je parle, je parle, je parle. Le monde dans lequel je voyage est vaste et léger. Je ne m’y perds pas. Dans ce monde-là, je suis une enfant courageuse, drôle, intrépide. Dans ce monde-là, je n’ai pas peur, j’ai une énergie féroce, je sais ce que je fais. Dans ce monde-là, je vois clair. Lorsque j’ai fini mon histoire, je me sens forte, je me sens joyeuse. Je n’ai peur de rien. Je gambade dans ma chambre, je fais des petits sauts, je rigole toute seule. De l’autre côté de ma chambre, au-dehors, je parle peu. Ma mère s’en désole. Elle me dit que je dois parler,  je dois raconter. Raconter quoi ? je demande. Je ne sais pas quoi dire. Le dedans et le dehors de ma chambre sont deux mondes que je ne peux faire se rejoindre. Lorsque je suis avec ma mère, ce que je voudrais dire est tapi tout au fond de moi. Ce que je voudrais dire est trop loin. Je le sens, mais je ne peux pas y accéder. C’est de l’autre côté. Je ne sais y aller qu’en silence, dans le silence de ma chambre. Je n’ose pas le dire à ma mère, je ne sais pas comment le lui dire. Alors, parfois, je me force à parler. Je fais semblant. »

 

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