Tu n’as pas tellement changé, Marc Lambron

Tu n'as pas tellement changé, Marc LambronTu n’as pas tellement changé, Marc Lambron, 3 Janvier 2014, Grasset, 140 pages.

Marc Lambron a écrit ce roman autobiographique en 1995 et le publie seulement maintenant en réponse certainement à une ancienne amie à son frère qui s’était éprise de lui et qui représente aujourd’hui une des voix de « Manif pour tous » en opposition au mariage gay. C’est en tout cas ce qu’il laisse entendre dans son exergue.

L’auteur adopte un ton intimiste mais non sans pudeur pour parler de son frère mort à 34 ans du sida dont il avait appris le nom huit ans plus tôt. Philippe est, comme son frère, un intellectuel, un homme raffiné. Il vit à Paris avec son compagnon et travaille dans une banque. Ce sont les débuts du ravage de cette maladie destructrice à travers le monde entier et on en meurt encore à cette époque. Il va vivre huit années durant avec cette épée de Damoclès au-dessus de sa tête. Peu de proches partagent son secret. Il sera épaulé par son frère et sa belle-soeur qui est aussi sa première confidente.

Marc Lambron rend ici hommage à son frère perdu, un frère cadet de quatre ans sur qui il croyait pouvoir veiller mais qu’il verra disparaître prématurément. Il nous dit son sentiment de perte, cette déchirure qui lui est propre. Il revient sur les années d’enfance où les deux garçons avaient un caractère bien distinct puis l’adolescence et les premières années de vie d’adulte où les deux frères ont parfois été à distance avant de se retrouver et de partager une vie de famille (avec l’épouse de Marc et leurs enfants).

L’écrivain fait de son frère un héros des temps modernes, faillible et malmené, sans pour autant se départir d’une certaine élégance, d’une noblesse d’âme. Et l’auteur s’interroge sur le sens de la vie, ce qui en fait sa beauté, son aspect éphémère, ce que la conscience d’être en sursis provoque chez un être et son entourage. Sur la mort également et à quel point elle est une expérience exceptionnelle et unique bien entendu.

On s’introduit grâce à ce très court roman chez une famille cultivée et bourgeoise frappée par la maladie puis la disparition d’un proche. C’est commun et banal mais c’est écrit par Marc Lambron qui manie la langue avec délicatesse et poésie. Chacun pourra y trouver des échos de ses propres ressentis ou réflexions métaphysiques.

L’extrait où l’auteur apprend la terrible nouvelle :

   « Je me souviens de ce jour de juillet 1987 où nous nous sommes retrouvés l’un en face de l’autre, en connaissance de cause. Philippe était venu à la maison. Il était le même, celui que j’avais quitté en juin, mon frère de toujours. Mais un verdict venait de briser sa vie, de faire passer entre nous un monde d’adieux. Je ne sais plus dire combien j’étais bouleversé.
Il me semble que Philippe venait ce jour-là prendre des garanties : la vie continuerait, il n’aurait pas à subir, en sus de l’altération tragique qui frappait son avenir, une attitude contrefaite, un abandon de ses proches. […] Il venait demander ce qui lui était dix fois acquis, un pacte de vie, l’assurance que dans ce combat il ne serait pas dès l’origine trahi. Je lui ai dit que nous serions avec lui en tout, en tout absolument.’

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