On regrettera plus tard, Agnès Ledig

on-regrettera-plus-tardOn regrettera plus tard, Agnès Ledig paru chez Albin Michel le 2 Mars 2016, 309 pages.

Agnès Ledig a connu dès son premier roman publié chez Les Nouveaux Auteurs un succès public jamais démenti et le prix Maison de la Presse pour Juste avant le bonheur. On regrettera plus tard est son quatrième roman.

Mon résumé du dernier Agnès Ledig :

Eric et sa fille de sept ans, Anna-Nina, sillonnent les routes de France à bord d’une roulotte depuis qu’un week-end, alors que sa fille n’était qu’un bébé, il est parvenu à calmer ses pleurs en l’emmenant en balade. Il a abandonné son cadre de vie parisien qui était le sien autrefois lorsqu’il avait sa femme, pour construire une bulle dans laquelle il évolue avec sa fille, eux serrés contre le reste du monde.
Mais un orage d’été va, sinon faire exploser la bulle, du moins la fissurer sérieusement.
Anna-Nina, curieuse, intelligente, sensible et grande dévoreuse de livres est tombée malade et cette bronchite oblige son père à chercher une aide en toquant à la porte d’un bout de femme qu’il n’était pas préparé à rencontrer. C’est donc la météo capricieuse, qui se fait la complice de cette drôle de rencontre impromptue entre Eric, Anna-Nina et Valentine, une jeune femme hospitalière, vivant seule si ce n’est la visite matinale du vieux Gustave qui vient savourer son café en bonne compagnie.
Valentine, institutrice, généreuse, peu sûre d’elle surtout en matière de sentiments amoureux, débordante d’énergie ou carrément hyperactive c’est selon (s’occupe d’un potager, lit, écrit, coud, fait de la poterie, des confitures, des bocaux, répare le petit cœur en miettes de son meilleur ami, corrige ses copies à ses heures jamais perdues comme pour mieux meubler sa solitude) va accueillir à cœur, bras, jambes ouverts dans sa maison Eric et Anna-Nina le temps des réparations de la roulotte sérieusement endommagée.
La vie est pleine de surprises. Anna-Nina va goûter quelque temps aux plaisirs d’une vie nouvelle en allant à l’école, en rencontrant des enfants, en se liant avec Valentine ou à Gustave qui lui apprend l’art du potager…
Mais Eric est un homme blessé et apeuré. Sa vie en autarcie avec sa fille lui convient bien même s’il a dû faire une croix sur certains plaisirs que Valentine, en bonne maîtresse d’école, va se faire un plaisir de surligner au marqueur ! Or c’est loin d’être simple pour l’un comme pour l’autre…

Mon avis sur On regrettera plus tard :

La potion d’Agnès Ledig pour réchauffer nos petites âmes chafouines est parfaite : quelques personnages plus qu’attachants, une forte dose d’humanisme et de noblesse d’âme, un soupçon de chagrin et cœur brisé parce que c’est la vie aussi !, une ou deux pincées de naïveté et de capacité à s’émerveiller, le tout saupoudré de dialogues relevés, d’images et métaphores filées du quotidien, de petites citations qui font mouche et vous obtenez une belle soirée de lecture en perspective ! Parfois, comme dans l’univers si cosy d’Agnès Ledig, l’on se dit qu’en passant à côté des plaisirs les plus simples, l’on manque l’essentiel. Et fort de cette conviction, au moins pour quelque temps, on se surprend à y croire, de nouveau : à la force de l’amitié, aux liens indéfectibles, à la grandeur d’un amour quel qu’il soit, aux petites joies terrestres qui font de nous des êtres uniques.
Idéal pour combattre le pessimisme et la noirceur de ce monde et pour ce faire, la romancière n’a pas peur de doubler la dose ! A offrir à une amie ou à sa mère par exemple.
A noter que les trois précédents, très agréables également, sont parus en poche chez Pocket.

Un extrait de l’histoire parallèle développée au second plan plongeant le lecteur en 1944 :

« Elle ne savait surtout pas comment allait Léon. Elle trouvait le temps long. Depuis son départ dans le maquis, il y avait quelques mois, elle sentait un vide. Comme s’il lui manquait un morceau. Suzanne se recroquevilla, assise à même le sol, elle ferma les yeux et pensa à lui, à ces moments doux où il la prenait dans ses bras en rentrant des champs. Quand il appuyait furtivement son index sur le bout de son nez. Elle savait que ça voulait dire qu’il la trouvait drôle ou qu’il tenait à elle. C’était bête, c’était insignifiant, mais c’était leur petit geste à eux. La première fois qu’il l’avait fait, ils étaient couverts de neige tout en bas de la piste de luge.
Ils étaient heureux. Tout allait bien. La vie s’ouvrait à eux, simple mais joyeuse, dans leur montagne, avec leurs animaux et leurs fromages. Ils ne demandaient rien à personne. Mais une armée entière était arrivée pour les envahir, les écraser, faire éclater leur famille et leurs rêves. Et ils n’avaient pas eu le choix.
Si. Résister, comme ils pouvaient. A quoi bon ? Si elle n’avait pas eu cet enfant dans son ventre ni l’espoir de retrouver Léon, elle aurait aimé qu’ils reviennent la chercher pour le seau, et elle se serait laissée aller vers la lumière blanche.
Mais l’espoir faisait vivre.
L’espoir dissuadait surtout la mort, cette hyène, de rôder trop près des vivants. Qu’elle aille donc s’occuper des désespérés en premier.
Suzanne attendrait. »

 

Commentaires
  1. Odile D

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