Petites scènes capitales, Sylvie Germain

Petites scènes capitales, Sylvie GermainPetites scènes capitales, Sylvie Germain, Albin Michel, 21 Août 2013, 247 pages

Résumé :

C’est l’histoire de Lili que l’on découvre toute petite, enfant rêveuse et solitaire à l’imagination vive, qui vit seule avec son père auprès d’une ménagerie. Protégée par son père, entourée d’animaux, elle semble être une enfant heureuse. Mais cet état des choses est éphémère. Un jour, au parc, alors que son père lui offre un tour de manège, elle s’amuse avec deux petites filles qui deviendront bientôt ses soeurs d’adoption tandis que son père rencontre sa future femme. Pour Lili, c’est un vrai bouleversement.
Ils déménagent et la famille s’agrandit considérablement car Viviane, la compagne de son père, a quatre enfants : une fille plus âgée qu’elle, sage et avisée, des jumelles qui semblent lui voler la vedette, complices et espiègles et Paul le seul garçon de la famille, créatif et versatile.
Dorénavant, à quelle place Lili peut-elle prétendre quand elle constate la préférence de son père vers une des jumelles qu’il surnomme son « Feu-follet » et qu’il lui demande à elle, sa « vraie fille », par souci d’équité, de se présenter à lui comme l’une de ses filles et non comme sa seule légitime  ?
Et puis, bien sûr, il y a la question de la mère, des origines qui taraude Lili depuis son enfance. Qui était-elle vraiment ? Pourquoi son père a tenu à se débarrasser de toutes les photographies à l’exception d’un seul cliché où elle distingue un simple profil maternel ajoutant encore au mystère ? Comment se construire quand on a été abandonné, encore bébé, par sa propre mère, que cette dernière est morte en mer quelques années plus tard sans qu’on n’ait jamais découvert son corps ce qui ne fait qu’ajouter à cette énigme de la figure maternelle (est-elle bel et bien décédée ? Etait-ce un suicide déguisé ?) et comment grandir alors, sachant cela, mais sans rien connaître de sa mère, pas même son visage et sans même l’espoir de la rencontrer un jour ? Le mutisme de son père sur ce sujet, et sur bien d’autres, ne fait qu’augmenter le désarroi de cette fillette qui se pose déjà des questions existentielles que les adultes (son père, sa grand-mère Nati) éludent avec soin.
« Avant j’étais ouù ? Et comment j’étais, je ressemblais à quoi ? J’étais quoi ? J’étais qui ? … Ce grelot de questions s’agite par moments dans ses pensées, sonnaillant dans le vide. Puis le grelot finit par se taire, fatigué de tintinnabuler en rond, en vain. »
Nous voyons ainsi Lili grandir dans cette famille singulière qui verra se succéder des drames, des coups de théâtre et éclore certains secrets longtemps enfouis…
Toujours en quête d’elle-même (puisque même son prénom Lili ou Liliane n’est pas vraiment le sien comme elle l’apprendra brutalement un jour de rentrée scolaire lorsque l’enseignant fait l’appel), Lili va vivre plusieurs vies dans la sienne propre au fil de ses expériences, rencontres, pertes et renoncements…
Toujours quelque peu distante des autres et d’elle-même, le lecteur apprend, avec délice, à sonder ce personnage aux multiples facettes tel le restaurateur de tableaux qui, sous les différentes couches de peinture, voit se succéder une seule et même oeuvre démultipliée en multiples strates comme autant de vies vécues.

Critique :

Voici un pur régal de lecture pour tous les amateurs de belle littérature car Sylvie Germain est une auteure de talent, à la voix singulière, qui trace son sillon à l’écart de routes bien définies et trop lisses. Découvrir un roman de Sylvie Germain, c’est avant tout le plaisir inégalé d’une langue imagée, fantaisiste, poétique, d’un vocabulaire riche que l’écrivaine manie à sa guise. C’est encore mettre en scène un personnage aussi libre qu’indompté et fantasque (à l’image de l’héroïne de Chanson des mal-aimants pour ceux qui connaissent) capable de se poser des questions vertigineuses tout autant que de s’émerveiller devant le spectacle de la nature tel un coucher de soleil qui fait flamboyer les montagnes.
Il y a quelque chose d’apaisant et de fort à lire Petites scènes capitales malgré la dramaturgie latente et certains mystères non résolus.
Oui, je dirais bien que ce roman est empli d’une grande beauté (d’âme) alors vous vous lancez ?!

Un extrait ou comment se payer gratis une belle tranche de lecture (capitale) :

    « Il fait trop beau ce dimanche-là pour rester à la maison. Un jour de printemps précoce, frais et ensoleillé. Le père propose d’aller pique-niquer. Viviane emporte son appareil-photo. La photographie est depuis quelque temps sa nouvelle marotte. « Faites-vous belles ! » a-t-elle dit aux quatre filles en prévision des prises qu’elle compte faire. . Et elles jouent le jeu, même Chantal que son amourette rend maussade dès qu’elle n’est pas en compagnie de Gilbert. Elles s’habillent avec soin, choisissent leurs robes préférées, des foulards assortis.
Dans le bois situé en bordure de la ville, ils s’installent près de l’étang dont le pourtour est bordé de joncs ; des libellules d’un bleu métallique zigzaguent autour des hautes tiges qui bruissent par à-coups. Après avoir déjeuné sur l’herbe où ils ont étendu un vieux drap de toile, Viviane et les filles se mettent en quête d’un lieu propice à la séance de photos. Gabriel, adossé au tronc d’un bouleau, griffonne des croquis de plantes et d’insectes sur un petit carnet. Lili l’a toujours vu dessiner ainsi, dans des cahiers de poche ; des esquisses qu’il ne développe pas ensuite, qu’il ne conserve même pas. Il aime crayonner, saisir des détails, concentrer son attention sur l’instant, cela lui suffit. Pour lui, les petits riens ne sont jamais insignifiants, la beauté foisonne dans l’infime.

   Au-dessus d’un fossé trop large pour être enjambé, une planche verdie de mousse a été posée en guise de pont. « C’est pas mal, ici, non ? » suggère Jeanne-Joy. L’endroit plaît à Viviane, il est dégagé, baigné de lumière jaune paille. Une clarté de crèche. Les filles prennent place sur la passerelle, serrées les unes contre les autres pour tenir sur cet espace étroit. Le temps que Viviane règle son appareil, elles gigotent pour trouver la bonne pose. »

To be continued…

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