Personne ne veut savoir, Alicia Gimenez Bartlett

cvt_Personne-ne-veut-savoir_5240Personne ne veut savoir, Alicia Gimenez Bartlett  paru chez Rivages le 25 Novembre 2015, traduit de l’espagnol par Olivier Hamilton et Johanna Dautzenberg, 413 pages.

Alicia Gimenez Bartlett a déjà publié plusieurs romans ainsi que des essais. Elle s’est fait connaître du grand public avec son tandem de personnages que nous retrouvons ici. Elle a reçu plusieurs prix, son oeuvre est largement traduite et la série avec son duo d’enquêteurs a été adaptée à la télévision espagnole.

Mon résumé :

Nous retrouvons donc l’inspectrice Petra Delicado affublée de son fidèle second, Fermon Garzon. Si vous n’avez jamais lu Gimenez Bartlett auparavant, pas de panique, vous pouvez tout à fait prendre le train en marche. Ces deux-là se connaissent bien, ils ont l’habitude de travailler ensemble et sont aussi complémentaires que différents. Petra est autoritaire, obstinée, acharnée, elle a mauvais caractère mais bon fond. Côté coeur, elle en est à son troisième mariage, n’a pas d’enfants mais entretient de bonnes relations avec les trois enfants de son mari. Elle reste tout de même convaincue qu’il est malaisé de concilier son travail de flic et une vie privée digne de ce nom. Elle soutient mordicus que la famille crée souvent les plus grands conflits. Et ce n’est pas leur dernière enquête qui va lui donner tort. Du côté de Firmin, on a un personnage à la bonhommie communicative, curieux, maladroit, incapable de se concentrer s’il est quelques heures sans manger, un homme plutôt délicat et prévenant avec son épouse.
Leur nouvelle enquête se penche sur un cold case. Il s’agit de l’assassinat de Siguan un riche industriel tué alors qu’il se trouvait aux côtés d’une jeune prostituée. C’est sa seconde femme qui demande à la police de revoir le dossier. Cet homme a eu trois filles qui se montrent peu coopératives de prime abord. L’enquête semble être vouée à l’échec quand une nouvelle piste va mener notre duo jusqu’en Italie, à Rome au grand désespoir de Petra qui doit encore quitter son domicile pour une enquête chronophage et à la grande satisfaction de Firmin qui en profite pour jouer au touriste, réviser l’histoire de Rome, glisser quelques mots de latin sans s’inquiéter le moins du monde   d’être une immense source d’exaspération pour sa supérieure.
Ils sont encore loin de penser que cette enquête aura autant de ramifications et leur procurera à eux et à leurs homologues italiens autant d’adrénaline et d’inquiétude !

Mon avis :

Quel plaisir de retrouver ces personnages délicieux, authentiques et drôles ! Après Le silence des cloîtres (cf : mon article), j’avais très envie de vérifier mon degré de plaisir à découvrir une autre enquête de Gimenez Bartlett. Et je n’ai pas été déçue. C’est tout à fait différent du précédent. La constante, ce sont les personnages principaux bien sûr et la note comique que l’auteure instille avec parcimonie. L’enquête en elle-même est bien menée, on apprécie ce petit voyage impromptu jusqu’en Italie, non dénué de culture. Et l’auteure dresse de nombreux parallèles entre leur situation et Le Roi Lear ce qui nous pousse à avoir envie de relire Shakespeare ! Elle décortique les relations parfois toxiques au coeur des familles, un de ses thèmes de prédilection et ancre ses personnages dans un quotidien réaliste autant au niveau professionnel que personnel.
La résolution de l’enquête (nullement sanguinolente donc plutôt grand public) n’est pas ce qu’il y a de plus mémorable certes mais l’ensemble est crédible, bien ficelé, facile à lire, plaisant et saupoudré d’une pointe d’humour. Que demander de plus ?

Un petit extrait des réparties parfois cinglantes de notre tandem de choc !

« – Ça vaut plus de mille euros ! m’exclamai-je, triomphante. C’est Marcos qui me l’a offert pour mon dernier anniversaire. Et vous croyez qu’on peut se pointer à Wad Ras avec un truc, quel qu’il soit, qui coûte si cher ? Je vais vous le dire : la réponse est non. Il n’y a qu’une écervelée pour faire un truc pareil.
– Et cette écervelée, bien évidemment, c’est vous. Conneries, inspectrice, ne vous prenez pas la tête ! Un cadeau, c’est quelque chose de spécial qu’on ne reçoit pas tous les jours. Mais je dois dire que vous m’avez scié en m’annonçant le prix de ce sac. J’ai offert un parfum à cent euros à Beatriz pour sa fête et ça m’avait paru très généreux. Maintenant, je me dis qu’elle a dû me prendre pour un radin.
– Je ne me suis même pas rendu compte de ma bêtise jusqu’à ce qu’une détenue me pose des questions sur ce sac.
– Mais arrêtez de vous faire du mal, inspectrice.
– J’aurais dû y penser !
– C’est bon, torturez-vous les méninges tant que vous voulez, et si votre double vie entraîne autant de contradictions, laissez tomber la police et devenez avocate pour de riches clients.
– N’importe quoi.
– P.K., alors refilez aux pauvres tout ce que vous possédez et devenez bouddhiste. Mieux encore, adepte d’un de ces prophètes qui défilent à la télé.
– Vous n’êtes qu’un gros tas de bidoche avec des yeux, sans la moindre sensibilité. Je ne sais pas pourquoi je vous raconte encore mes problèmes.
– Vous me racontez vos problèmes ? J’ai dû vous arracher les mots de la bouche ! Enfin, vous pouvez dire ce que vous voulez. Moi, je vais me noyer dans cette soupe qui est en train de refroidir. De toute façon, tant que je vous vois remontée et de mauvais poil selon votre habitude, je suis tranquille. Ah, au fait, pas mal ce « gros tas de bidoche avec des yeux ». Je l’offrirai à Beatriz si un jour elle veut l’utiliser contre moi pendant qu’on se dispute. Vu que je ne lui offre pas de sacs à mille euros, je peux au moins lui refiler des munitions. »
J’eus envie de rire mais je contractai les muscles de mon visage pour rester sérieuse. Je goûtai la soupe. Elle était délicieuse. Je me disais parfois que Garzon était le prophète que je devrais suivre, même s’il ne passait pas à la télé. »

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