O6H41, Jean-Philippe Blondel

06H41, Jean-Philippe Blondel06H41, Jean-Philippe Blondel, paru chez Buchet Chastel le 3 Janvier 2013 et chez Pocket le 6 Mars 2014, 158 pages

Mon résumé :

L’on suit alternativement Cécile Duffaut et Philippe Leduc qui se retrouvent voisins de train. Cécile en ce lundi matinal a pris exceptionnellement ce train après un week-end prolongé chez ses parents qu’elle est allée voir seule, sans le soutien de son mari et de sa fille adolescente. Elle rentre à Paris où l’attend son travail, sa vie. Mais une surprise la cueille et l’oblige à une rétrospective de son passé qui sera l’occasion pour elle de constater tout le chemin parcouru.
Cette surprise _ pas nécessairement heureuse _ c’est la présence sur le siège à côté, au moment où le train s’ébranle, de Philippe Leduc. Ce dernier a pris ce train pour rendre visite à un ami d’enfance. Cécile et Philippe se sont connus dans une autre vie. Ils ont même été amants à l’aube de leur jeunesse.
Ils se reconnaissent dès le premier coup d’oeil mais feignent chacun de ne pas savoir à côté de qui ils sont assis et s’emmurent dans le silence. Les souvenirs ont alors toute latitude pour ressurgir. Ils n’ont pas la même vision de ce passé amoureux enfoui. D’ailleurs, ils ont tous deux de solides raisons d’avoir entériné ce chapitre si lointain qui ne fait que surligner la césure entre passé et présent.
En effet, Philippe et Cécile ont tellement changé que cela pourrait prêter à sourire, car la direction qu’ils ont prise n’était pas celle qui était logiquement attendue.
La vie a ses revers de fortune. Et des leçons à donner. Partout. A tout moment. Y compris à des quadragénaires qui se retrouvent après vingt-sept ans, bien malgré eux, dans un espace confiné.
Alors faut-il briser la glace ? Revenir sur le passé ? Faire un point sur sa vie ?

Mon avis :

Voilà un court roman porté par une idée de départ très originale. La construction qui oscille au coeur d’une narration interne entre Cécile et Philippe est à la fois simple et riche. Le lecteur se demande si ces voisins de train vont oser se (re)parler. L’on découvre avec délice leur histoire d’amour d’une autre époque et sa fin brutale. L’écriture est précise, tranchante et sans fioritures. C’est un roman d’ambiance qui touche au coeur et qui aborde, l’air de rien, des thématiques plurielles : les relations amoureuses, la jeunesse et ses désillusions, le pouvoir corrosif du temps, les liens familiaux, les rêves qui partent en fumée…
Prenez donc ce train de 06H41 sans hésiter, qui sait jusqu’où il vous mènera ?!

Un extrait du début du roman où l’on se plonge dans les pensées de Philippe :

   « J’aime bien les trains. Les heures passées à ne rien faire de particulier. On prépare un sac pour le trajet _ pareil que les enfants quand ils sont encore petits. On y fourre deux livres de poche, des chewing-gums, une bouteille d’eau _ pour un peu on y mettrait aussi sa couverture fétiche. Tout pour que le temps passe agréablement. En arrivant à la gare, on traîne même du côté des magazines, et on en achète un, de préférence sur les riches et célèbres. C’est comme si on allait à la plage _ et, comme à la plage, on n’ouvre ni les romans, ni le magazine, on ne mâche pas de sucreries et on oublie même de s’hydrater. On est hypnotisé par le paysage qui défile ou par le rythme des vagues.
Le seul train que je déteste, c’est celui du dimanche soir pour Paris. Quand je faisais mes études, c’était le train de la déprime et du déracinement. J’arrivais gare de l’Est le moral dans les chaussettes. C’est ici que sont mes racines. Je l’ai toujours su. Je suis un coq de basse-cour. A Paris, je n’étais rien. Mais c’est loin tout ça. Ce qui reste, c’est cette haine du train du dimanche soir. C’est pour ça que je suis là si tôt ce matin. J’aurais pu prendre le 21h15 hier et dormir dans l’appartement de Mathieu, puisque j’ai les clés, mais je ne le sentais pas. Je préfère mettre le réveil, me lever tandis que la nuit est encore là puis me diriger vers la gare. Sur le chemin, il y a des dizaines d’ombres comme moi. Sauf qu’eux font le trajet tous les jours. Pour moi, c’est exceptionnel. Les trains suivants arrivent trop tard à Paris _ 10h30, 11h30, la journée est bien entamée, on a l’impression d’arriver au milieu de la fête. »

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