Le reste de leur vie, Jean-Paul Didierlaurent

Le_reste_de_leur_vieLe reste de leur vie, Jean-Paul Didierlaurent paru au Diable Vauvert le 2 Mai 2016, 273 pages.

Après le grand succès de son premier paru en poche : Le liseur du 6h27 puis son recueil de nouvelles Macadam (cf mon article) Didierlaurent nous propose un troisième livre des plus réjouissants.

L’histoire du Reste de leur vie :

Ambroise est un jeune thanatopracteur dont la mission de rendre leur dignité aux morts lui tient véritablement à coeur. En froid avec son père, un grand nom de la médecine, qui n’approuve pas les choix personnels de son fils qui n’a pas suivi la « voie royale » (celle de son paternel donc), Ambroise vit avec sa grand-mère diabétique à qui, entre autres choses, il administre sa piqûre. Cette dernière s’inquiète de la vie sentimentale de son petit-fils quelque peu chaotique. En effet, il n’est pas facile de concilier vie amoureuse et vie professionnelle. Ce métier, incompris, rebute souvent ses conquêtes. La grand-mère a quant à elle un moyen imparable de tester la compatibilité amoureuse des femmes avec son petit-fils : elle leur fait goûter ses pâtisseries, fars bretons et surtout ses délicieux et riches kouing-amann préparés avec autant de beurre que d’amour !
Et puis il y a la jolie Manelle, gentille, impliquée dans son travail, aimant les gens mais ne s’en laissant pas conter pour autant ! Elle est auxiliaire de vie et selon les personnes qu’elle aide et auprès de qui elle intervient parfois quotidiennement, ses tâches varient entre ménage, repassage, courses, papotage ou même jeux de société, partage de repas. C’est aussi de solitude que souffrent les êtres qu’elle côtoie. L’un d’entre eux notamment lui est très attaché et réciproquement. Il s’agit de Samuel dont l’état de santé empire. Lorsqu’il découvre le diagnostic, ce dernier prend une drôle de décision qui va impliquer un corbillard, la présence d’Ambroise, de sa grand-mère Beth et de Manelle bien décidée à mettre son grain de sel dans un projet qu’elle déplore de tout coeur.
Et nous voici embarqués pour une sacrée aventure en forme de road trip saugrenu jusqu’en Suisse où bien des surprises attendent le lecteur et notre sympathique et atypique quatuor !

Mon ressenti à la lecture du dernier Jean-Paul Didierlaurent :

Avec drôlerie, finesse et humanisme, Didierlaurent nous conte une histoire forte, originale, émouvante qui nous touche profondément. On ne peut pas résister à cette épopée autour de personnages fédérateurs dont les parcours de vie nous happent et nous questionnent. L’aiuteur rend les lettres de noblesse à un métier plutôt méconnu et aux préjugés tenaces qui est celui de thanatopracteur. Il s’est inspiré pour cela d’un ami qui travaille dans ce domaine ce qui confère une belle authenticité à l’ensemble.
Il est des livres que l’on referme avec le sourire aux lèvres en ayant l’impression que le bonheur contenu à l’intérieur est communicatif. Ce livre en fait partie. Un véritable enchantement dont il serait bien cruel de se priver !
Un cadeau à offrir pour la fête des pères par exemple ou un anniversaire.

Un extrait où nous découvrons une sacrée partie de Scrabble !

« En réalité, Ghislaine de Montfaucon ne demandait rien d’autre à ses aides à domicile que de tenir une heure durant le rôle de partenaire de jeu. Des collègues de Manelle s’en étaient plaints. Pas elle, qui préférait de loin une heure de Scrabble, de dames ou de petits chevaux à une heure de repassage ou de ménage. La vieille dame était une fois de plus sur le point d’emporter la partie haut la main car, en plus d’être maniaque, Ghislaine de Montfaucon était la reine des tricheuses. Devenue maîtresse dans l’art de créer des mots, elle inventait elle-même les définitions qui finissaient par devenir réelles à ses propres yeux, et à ses propres yeux seulement. Ce mécanisme d’autopersuasion laissait à chaque fois la jeune auxiliaire de vie pantoise. Un GRIJAK ? Mais si voyons, un grijak est un ours primaire à la fourrure très drue qui fréquentait le nord du continent américain à l’ère glaciaire. TORQAD ? Le torqad est un plat à base de maïs et de cabri que l’on consomme sur le plateau tibétain. Très goûtu, paraît-il. Il arrivait que certains mots entraînent la naissance d’autres mots. HEXUFER : action qui consiste à polir l’acier à l’aide d’un héxufoire, outil en forme de spatule. Il y avait bien longtemps que Manelle fermait les yeux sur ces néologismes de pure invention. Tout comme elle ne signalait plus la disparition de certaines lettres de son chevalet, souvent des voyelles remplacées par des consonnes, ou l’ajout de cases fictives de mot compte double à l’avantage de la vieille dame au moment de compter les points. »

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