Le mystère Henri Pick, David Foenkinos

9782070179497Le mystère Henri Pick, David Foenkinos paru le 1er Avril 2016 chez Gallimard, 286 pages.

David Foenkinos est un auteur français de grande renommée, il a notamment écrit Charlotte récompensé par le prix Renaudot et le Goncourt des lycées. Cette année paraît également une pièce de théâtre de lui : Le plus beau jour.
C’est un auteur qui sait se renouveler comme son dernier livre l’atteste puisqu’il propose ici rien de moins qu’une enquête littéraire.

Le sujet de ce Mystère Henri Pick :

A Crozon, dans le Finistère, se trouve une bibliothèque qui contient un rayon un peu à part. Il s’agit de manuscrits qui n’ont pas trouvé d’éditeurs. Ils ont tous été refusés et leur condition pour avoir une place sur ce rayonnage : que l’auteur vienne en personne déposer son manuscrit. Le bibliothécaire, Gourvec, à l’origine de cette initiative, est décédé et son employée s’occupe désormais seule de la bibliothèque et a quelque peu oublié tous ces manuscrits à l’abandon qui ne suscitent l’intérêt de personne .
Mais cela est sur le point de changer lorsqu’une jeune éditrice travaillant chez Grasset, en vacances chez ses parents, accompagnée de son conjoint qui n’est autre qu’un auteur qu’elle a publié, va découvrir une véritable pépite parmi ces manuscrits. Enthousiaste, la jeune femme se met en tête de publier cet ouvrage. L’éditrice et son comparse enquêtent sur l’identité de l’auteur qui s’avère être un certain Henri Pick maintenant décédé, pizzaïolo toute sa vie durant et l’auteur secret d’un seul livre semble-t-il… Lorsqu’ils rendent visite à la femme de Pick, cette dernière est très dubitative quant au fait que son mari ait écrit un roman. Il n’écrivait jamais une ligne, pas même une carte postale ni sa liste de courses !
Cet événement aura des répercussions surprenantes dans la vie de moult personnages : l’épouse et la fille d’Henri Pick subitement sous les feux des projecteurs, l’éditrice ayant fait cette drôle de découverte, perçue comme brillante, capable de dénicher la petite pépite, la bibliothécaire de Crozon qui jusque-là végétait dans sa vie personnelle comme professionnelle et que cette découverte va profondément changer mais également le destin du journaliste et critique Jean-Pierre Rouche s’en trouve bouleversé, celui dont l’heure de gloire est aussi passée que son vieil imperméable élimé et qui voit dans cet événement matière à enquêter. Ce dernier est persuadé qu’il y a méprise sur l’auteur de ce manuscrit et cette drôle d’enquête improbable et souvent auréolée de malchance pour ce pauvre hère va le mener, ainsi que le lecteur, à d’étonnantes surprises…

Mon avis sur cette cuvée Foenkinos !

Il a bien fait de s’essayer à cette enquête littéraire, Foenkinos car c’est habilement mené et le suspense est préservé jusqu’à la révélation finale qui surprendra certainement plus d’un lecteur ! Il nous régale d’un ton qui se veut léger et badin dans un univers fortement littéraire. Les plaisanteries, pour certaines du moins, sont peut-être davantage destinées à un public d’initiés quoique… Il en profite pour épingler le monde de l’édition, des critiques, des auteurs en n’hésitant pas à les caricaturer parfois, avec un style soigné, des observations affûtées sur les êtres qui s’apparentent à des maximes arrangées à sa propre sauce. Il épingle une société si vite éblouie et qui privilégie le fond à la forme ce qui explique un succès littéraire lié bien plus à l’histoire de la découverte qu’au roman lui-même et qui, dans d’autres circonstances, aurait très bien pu passer inaperçu !
Mon seul regret est que, pour avoir situé son intrigue dans un lieu plutôt inspirant, Foenkinos ne nous ait pas donné à voir les charmes de Crozon où il situe une bonne partie de l’intrigue sans jamais en restituer ses spécificités.
Amateur de littérature, d’enquête ou les deux, inconditionnels de Foenkinos, ce livre est fait pour vous. Et si vous ne connaissez pas encore ce romancier, il est toujours temps d’y remédier avec ce réjouissant Mystère Henri Pick.

Allez, je vous emmène à Crozon en compagnie de François Busnel et Madeleine, la veuve Pick dans ce petit extrait :

« La vieille dame n’avait pas imaginé que tant de personnes se déplaceraient pour elle : il y avait même une maquilleuse. Elle trouva cela absurde. « Je ne suis pas Catherine Deneuve », dit-elle. Delphine lui expliqua que tout le monde était maquillé à la télévision, mais cela ne changeait rien. Chacun comprit que cette Bretonne n’était pas du genre à se laisser imposer quoi que ce soit. François Busnel tenta de l’amadouer en faisant quelques compliments sur la décoration de son salon, et pour cela il dut puiser au plus profond de son imagination. Il comprit finalement que le plus judicieux serait de parler de cette région, la Bretagne. Et il sortit quelques références d’auteurs bretons que Madeleine ne connaissait pas spécialement.
L’enregistrement commença. En introduction, Busnel raconta à nouveau la genèse du roman. Son enthousiasme était réel, mais sans être excessif. Les animateurs d’émissions littéraires doivent trouver leur place entre le charisme d’une incarnation nécessaire et la discrétion qui convient à un public préférant le sérieux à l’esbroufe. Puis, il s’adressa à Madeleine :

 » Bonjour madame.
– Appelez-moi Madeleine.

– Bonjour Madeleine.
– Puis-je vous demander où nous sommes ?
– Mais vous le savez très bien. Elle est bizarre votre question.
– C’est pour le téléspectateur. Je voulais que vous nous présentiez ce lieu, car habituellement l’émission se passe à Paris.
– Ah oui, tout se passe à Paris. Enfin, c’est ce que pensent les Parisiens.
– Et donc… nous sommes…
– Chez moi. En Bretagne. A Crozon. »
Madeleine énonça cette phrase un peu plus fort que les précédentes, comme si la fierté se trahissait par une mise à niveau sonore des cordes vocales. »

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