La renverse, Olivier Adam

la-renverse-olivier-adamLa renverse, Olivier Adam paru le 6 Janvier 2016 chez Flammarion, 267 pages.

On ne présente plus Olivier Adam solidement ancré dans le paysage littéraire français. Après Peine perdue (cf mon article) le voilà qui revient avec un  nouveau roman.

Mon résumé :

Olivier Adam nous présente Antoine, jeune homme solitaire, embauché comme libraire après avoir sympathisé avec le patron tout aussi amoureux des livres que lui, sans attaches, fuyant, retranché de sa propre vie. Sans enfants, il a néanmoins une petite-amie si l’on peut dire car il ne s’investit pas dans cette relation intime qui semble davantage combler une vague de solitude. L’élément marin est omniprésent dans ce roman à l’image du titre dont la définition nous est donnée en préambule : « La renverse : période de durée variable séparant deux phases de marée (montante ou descendante) durant laquelle le courant devient nul. Syn. : l’étale ». Et ce choix n’est pas anodin, il renvoie au personnage principal qui revient sur un épisode traumatisant de son enfance qui a opéré comme une bascule dans sa vie.
Le narrateur, Antoine, semble évoluer à côté de lui-même. Comme la marée montante effaçant les traces de tout passage, sa vie présente, aussi simple soit-elle, a occulté sa jeunesse. Or un beau jour, un nom refait surface et avec lui, tout un pan de sa vie passée revient en force et semble lui dire qu’il n’ira jamais nulle part sans avoir affronter ces démons-là.
Il a rompu tout contact avec ses parents après un scandale politico-sexuel concernant sa mère et le maire de leur ville qui était aussi sénateur. Son frère cadet et lui vivaient avec leurs parents dans un pavillon de banlieue parisienne. Une maison modeste, confortable, sans charme particulier, neutre, sans chaleur à l’image de ses parents se conformant à une certaine image attendue de la société. Mariage, deux enfants, une maison. Un père sérieux, peu patient avec ses enfants, parfois très dur, une mère soignant son apparence, s’investissant dans son quartier, à l’école, peu encline à la tendresse auprès des siens et durement touchée par une affaire d’abus sexuel l’impliquant elle ainsi que son amant, un personnage politique éminent qu’elle soutenait dans sa campagne.
Si Antoine revient sur cette affaire, c’est parce qu’il réalise qu’elle a façonné sa vie sans qu’il s’en soit rendu compte auparavant. La sienne et celle de son frère qu’il regrette d’avoir délaissé, lui aussi très durement éprouvé par cet épisode. Antoine a fui, au moment de son adolescence, un foyer voué à la déliquescence. Aux côtés de la fille, tout autant à la dérive, de l’amant de sa mère, ils avaient entamé une sorte de vagabondage teinté de notes de colère, d’amertume et de liberté.
Antoine réalise qu’il n’a pas su analyser les événements sur le moment comme s’il marchait à côté de sa propre vie ce qui nous rappelle le personnage des Lisières (cf mon article). Il est alors temps pour notre héros de se pencher sur sa jeunesse perdue dans l’espoir de peser davantage qu’une empreinte éphémère sur le sable mouillé.

Mon avis sur le dernier Olivier Adam :

La renverse nous met encore une fois en présence d’un être que la vie a rendu fragile, taciturne et fermé à l’idée du bonheur. Incapable de s’ouvrir aux autres, il évolue dans un univers à la fois étriqué et vaste. Un quotidien plutôt monotone mais un espace qui côtoie l’infini et le maintient à flots. Aussi intime que touchant, l’histoire d’Antoine émeut son lecteur. L’écrivain décortique cette jeunesse cabossée par un scandale familial public avec autant d’acuité que de réalisme. Les liens familiaux toxiques sont exposés ici avec une grande intelligence. L’on s’attache à ce personnage entre deux mondes qui doit à ce moment de sa vie faire volte-face vers un passé qu’il n’a jamais pris le temps d’analyser ni de comprendre réellement. Certains des thèmes de prédilection sont bien présents dans La renverse : la famille, la solitude, le poids du passé, la présence rassurante de la mer, l’étrangeté à soi et aux autres. Là encore, Olivier Adam ne cherche pas à nous faire rire et il n’y a bien qu’à la toute fin qu’un bout de ciel bleu timide ose se montrer…
Une belle peinture romanesque à l’écriture tantôt écumante tantôt étale. Un grand livre.

Un petit extrait dépeignant si bien ce drôle de héros, Antoine :

« J’ai reposé le papier idiotement ému, pris d’un soudain accès de tendresse. C’était chez moi un phénomène suffisamment rare pour être relevé. Ca l’avait toujours été, je crois. Ou l’était devenu au fil des années. Comment savoir ? J’avais souvent l’impression qu’on m’avait un jour vidé de ma propre substance, de ma capacité à ressentir les choses, à me sentir impliqué. A m’émouvoir, même. Un rien pouvait pourtant me pousser au bord des larmes. Mais seulement s’il s’agissait d’un livre, d’un personnage de fiction, d’un événement extérieur, d’une scène volée ici ou là. J’étais dans ce registre maladivement empathique, névrotiquement compassionnel. Mais tout à fait imperméable à tout ce qui touchait ma propre vie. Je demeurais à la surface. Je n’avais pas trente ans et je vivais seul ou à peu près, dans le giron du vent, du ciel et de la mer. J’avais parfois la sensation que ce grand désert liquide, ces étendues me prolongeaient. Qu’entre elles et moi tout circulait sans accrocs, se confondait. Un jour, Chloé m’avait dit : c’est drôle, je suis venue vers toi parce que tu étais là. Parce que j’avais besoin de quelqu’un à cet instant précis. Et il a fallu que je tombe sur un type qui n’était pas là. Mais ça va. Pour l’instant ça va. Je ne te demande rien de plus. Tu es comme la mer. Une présence opaque et silencieuse. »

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