La garçonnière, Hélène Grémillon

La garçonnière, Hélène GrémillonLa garçonnière, Hélène Grémillon, Flammarion, Septembre 2013, 354 pages

Résumé :

En préambule, l’auteure signale à son lecteur que le roman est inspiré de faits réels survenus en Argentine et que les événements ont lieu en 1987, quelques années après la fin de la dictature en ce pays.
Vittorio, psychothérapeute, est accusé d’avoir assassiné sa compagne Lisandra qu’il aurait jetée de la fenêtre de leur appartement situé au cinquième étage. La police ne semble pas avoir été en mesure de rassembler des preuves solides et irréfutables mais il est tout de même, en sa qualité de mari, le premier soupçonné et donc conduit en prison.
Une de ses patientes, Eva Maria que le lecteur va suivre de bout en bout, accepte très mal cette décision qu’elle juge arbitraire et qui la prive de son médecin. Elle décide alors de tout faire pour innocenter Vittorio et mène ainsi sa propre enquête dans l’ombre de la police. En accord avec son psy, elle va avoir accès aux enregistrements des patients. Si Vittorio concède qu’enregistrer ses patients sans leur demander leurs avis n’était pas très déontologique et ne saurait par conséquent être utilisé pour l’innocenter _ sans quoi il risquerait d’être détruit professionnellement _ il explique à Eva Maria que cette pratique lui était fort utile dans l’exercice de son métier. C’est ainsi qu’Eva Maria découvre avec ces enregistrements une histoire singulière par patient et finalement à chacun une bonne raison d’avoir assassiné Lisandra. Chaque reconstitution semble convaincante et plonge le lecteur dans le doute. Mais Eva Maria dévoile également au fur et à mesure du récit un personnage trouble : Lisandra semble en effet avoir été une femme tourmentée, adulée et passionnée… Et ce n’est pas le seul personnage qui comprend une part de ténèbres : celui d’Eva Mari également. Sa fille aînée a disparu cinq ans plus tôt sans qu’elle n’ait jamais pu savoir ce qu’il était advenu d’elle… Elle suppose _ elle ne peut que supposer et ne détient nulle certitude _ que la dictature argentine l’a tout bonnement fait disparaître. Avalée tel un monstre… Cette impossibilité de savoir et de faire son deuil a une contrepartie très dérangeante chez ce personnage a priori capable d’empathie _ elle rejette son fils Esteban qui, bien que discret, est présent et se soucie de sa mère.
On évolue dans ce roman comme sur des sables mouvants car la narratrice balaie d’un souffle, chaque « certitude » aussitôt acquise. Et jusqu’à la fin, on s’échine à démêler le vrai du faux.

Critique :

En deux romans, Hélène Grémillon s’impose comme une auteure incontournable du paysage littéraire français. Après Le Confident, La Garçonnière impose son univers et son écriture maîtrisée. Elle distille la juste dose de suspense qui donne envie de dévorer le livre et d’arriver à la révélation finale.
C’est un véritable roman à tiroirs que Grémillon nous propose : entre enquête psychologique et trajectoires individuelles se heurtant à la grande Histoire, elle déroule le fil de thématiques plurielles qui s’emboitent les unes dans les autres telles des poupées russes : le tango et la musique omniprésents, la sensualité, les rapports amoureux et filiaux, la dictature et ses conséquences dévastatrices, les êtres et les apparences ou comment la réalité se heurte aux faux-semblants.
La garçonnière est un grand roman passionnant, bien écrit et construit de manière originale et subtile. A lire absolument !

Un extrait où l’on voit une part du désarroi du personnage central :

« Elle-même ne s’occupait-elle pas que des volcans endormis, laissant de côté les volcans éteints ? Surveiller le nuisible, laisser de côté le tranquille, elle connaissait ça aussi après tout, elle pouvait comprendre, non ? Oui, elle pouvait comprendre. Mais pas lui pardonner. Comprendre ne suffit pas toujours à pardonner. Eva Maria frotte son corps de toutes ses forces. Comment avait-elle pu laisser Vittorio lui dire ça ? Le bruit de l’eau sur le carrelage ne l’empêche pas de l’entendre encore. Avec clarté. « Vous vous érigez en juge suprême, Eva Maria, vous m’avez dit le fond de votre pensée, je vais vous dire le fond de la mienne. Parce que vous vous croyez utile, vous, le nez rivé sur vos petits diagrammes, sur vos petits carnets, sur vos petites courbes ? Laissez-moi rire. Si les volcans doivent se réveiller, ils se réveillent et vous ne pouvez pas les en empêcher, pas plus que moi je ne peux empêcher mes patients d’être avant tout des êtres autonomes et agissants. Nos deux métiers se ressemblent beaucoup, finalement. Préventifs, voilà ce que nous sommes tous les deux, préventifs. Et la prévention n’a jamais empêché les tragédies d’éclater. Vous avez beau être là, vous et tous les analystes de la Terre, quand elle veut se mettre en colère, elle se met en colère. Alors, s’il vous plaît, Eva Maria, ne venez pas me parler d’utilité. J’échoue, moi aussi, aussi sûrement que vous, on échoue tous sur la parcelle d’objectifs dont relève notre travail, il m’arrive de m’y prendre mal, c’est certain, mais je pense avoir aidé plus d’individus que vous sur cette terre, alors ne venez pas me chanter les refrains de l’humanité, retournez lire vos graphismes, étudier vos photos, sans être même seulement capable de vous occuper de votre fils, qui est bien plus vivant que n’importe lequel de vos volcans, au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, et qui a bien davantage besoin de vous. »

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