La conjuration, Philippe Vasset

La conjuration, Philippe VassetLa conjuration, Philippe Vasset, Fayard, 21 Août 2013, 206 pages

Ce roman faisait partie de la deuxième sélection pour le prix Femina ce qui constitue à mes yeux de lectrice une véritable énigme. Ce livre m’est vraiment tombé des mains et ce, à plusieurs reprises… L’état de fatigue ne peut donc être imputé. Je n’aime pas l’idée de critiquer pour critiquer ou de se faire plaisir en déversant un chapelet de vilenies sur tel pauvre bougre d’auteur qui n’a rien demandé… Mais cela prouve, si besoin, que malgré mon enthousiasme  très grande lectrice, je n’aime pas tout, loin de là ! C’est également le jeu de la critique. Et dire que je suis restée complètement insensible au charme de La Conjuration n’engage que moi d’autant qu’il figurait dans la liste des livres en lice pour le prix Femina. J’aurais été très surprise qu’il le reçoive mais en même temps, je me méfie de certains résultats de prix littéraires. Je viens d’apprendre qu’il ne figure pas dans la dernière sélection pour Femina. Quand même…

   La Conjuration raconte l’histoire d’un homme qui arpente un Paris non répertorié et qui réalise que ses anciens fiefs alors inconnus du grand public ont été, peu à peu, conquis par les humains ou les industriels. Cette déperdition de son territoire le plonge dans une grande confusion. Au cours de l’une de ses escapades, il croise une ancienne connaissance dont l’objectif est de créer une entreprise qui lui permette de devenir riche très vite. Et cette grande idée, c’est de fonder une secte. Ce compagnon entraîne le narrateur dans une aventure qui n’a finalement pas grand chose à voir avec la religion (il ne s’agit pas pour eux de quelque conviction que ce soit) mais bien plus avec le marketing, le commercial et le monde de l’entreprise (certes une entreprise à part) : recruter les bonnes personnes, trouver l’emplacement idoine. Les deux hommes vont rencontrer certaines difficultés et divergences d’opinions au coeur de leur périple « sectaire ». On ne connait pratiquement rien des personnages principaux si ce n’est qu’ils ne s’embarrassent pas de scrupules.
Au centre du roman, c’est Paris et ses recoins qui fait figure de vedette.

Alors faut-il être né parisien pour trouver un tant soit peu d’intérêt à cette lecture ? Sans doute que non… Philippe Vasset déshumanise complètement son roman, il abreuve son lecteur d’insignifiants détails, d’indications pseudo-géographiques. L’ennui et le découragement guettent le  lecteur à chaque page étant donné la progression très lente des événements, les personnages désincarnés et le manque de tension ou de suspense dirons-nous ce qui nous fait nous interroger sur la direction que l’auteur veut faire prendre à son récit.

Ce qui confère une certaine force au roman, c’est son originalité dans sa construction. A l’image de Paris aux yeux du héros, le roman est fragmenté comme recousu de bribes, Vasset l’a volontairement déstructuré pour être plus en phase avec son sujet : un Paris défait. Cette thématique me fait penser à un autre roman, celui de Sylvie Germain : Opéra Muet publié en 1989, qui narre l’histoire de Gabriel qui va voir se fissurer tous ses repères lors de la destruction du mur en face de chez lui sur lequel s’étendait une immense fresque. C’est alors sa santé mentale qui va, en même temps que la démolition du mur, se désagréger. Sylvie Germain, à mon sens, avait maintenu un intérêt de bout en bout grâce à la force de son écriture et en donnant une vraie humanité à son personnage. Je me souviens d’une certaine tension qui courait de bout en bout de ce court roman dont on voulait absolument connaître l’issue contrairement à La Conjuration.

A mes yeux, la structure originale chez Philippe Vasset était loin d’être suffisante pour rendre le tout lisible et agréable…

Et pour illustrer mes propos, un extrait :

   « Les dernières miettes d’espace encore disponible autour de Paris avaient été accaparées par une myriade de chapelles dont les noms baroques n’avaient rien à envier à ceux des tagueurs qui, quelques années plus tôt, recouvraient de leur patronyme les murs de ces constructions aujourd’hui dévolues au prêche et à la prière. A Saint-Denis, boulevard de la Libération, la mega-church Charisma du Pasteur Nuno Pedro avait investi d’anciens ateliers et y organisait, le dimanche à 16h30 précises, d’interminables célébrations ponctuées de chants, de danses et d’évanouissements de fidèles en transe. Prêchant en majorité devant des fidèles d’origine africaine, le même groupe avait annexé 7 000 m² d’entrepôts au nord du Blanc-Mesnil, aux confins de l’A3 et de la nationale 2. A Bussy-Saint-Georges, un champ coincé entre l’autoroute de l’Est et les voies du RER A avait été concédé par la municipalité à une noria d’associations religieuses qui y avaient prestement élevé un temple bouddhique, une pagode laotienne, une mosquée et une église évangélique. A La Courneuve, les entrepôts situés sous le pont de la bretelle reliant l’A86 à l’A1 résonnaient chaque dimanche des chants des fidèles du pasteur Selvaraj Rajiah, fondateur de Paris Centre Chrétien, tandis qu’à proximité, dans l’étroit couloir bordé par les deux axes autoroutiers, officiaient pas moins d’une dizaine de chapelles, parmi lesquelles l’Armée de victoire, la Mission internationale Palais de l’Aigle et la Pierre angulaire (au 46 rue Saint-Denis, à La Courneuve) ; la Montagne de Aigles et la Communauté Parole et Esprit (au 1-15 rue Saint-Denis) ; le Centre missionnaire La Source de Vie et la Fraternité évangélique de Pentecôte en France (au 6 avenue Carnot) ; et la Puissance de la Croix de Jésus (au 102 rue de la Convention). »

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