Désaxé, Lars Kepler

41FutxL2xLL._SX300_BO1,204,203,200_Désaxé, Lars Kepler paru le 13 Janvier 2016 chez Actes Sud, traduit du suédois par Lena Grumbach, 589 pages.

Après l’excellentissime Marchand de sable (un véritable chef d’œuvre de suspense, cf mon article , le tandem Lars Kepler revient avec un cinquième opus où l’on aura le bonheur de revoir d’anciens personnages. Si vous n’avez jamais lu de romans de ces auteurs, commencez plutôt par L’hypnotiseur (cf mon article) même si chaque enquête est indépendante et que contrairement aux romans de Camilla Lackberg, la vie personnelle des protagonistes n’occupe pas une place de choix (surtout dans les premiers volets). Si vous commencez par celui-ci, vous comprendrez quand même mais c’est toujours mieux d’avoir le premier tome.

Le début du roman Désaxé :

Nous sommes en été en compagnie de Margot Silverman, trente-six ans, enceinte jusqu’aux yeux et accumulant les heures supplémentaires car elle est la nouvelle inspectrice de la Rikskrim, spécialiste des tueurs en série et stalkers. Elle travaille en binôme avec un jeune Adam Youssef sur une affaire des plus retorses qui va mobiliser toute leur attention.
Un maniaque envoie à la police la vidéo d’une femme seule chez elle et épiée par un individu extérieur qui la filme. La vidéo, qui ne dure que très peu de temps, la montre en train de passer un collant et ne permet pas d’identifier le lieu. Les enquêteurs mettent tout en place pour la localiser mais elle est retrouvée morte chez elle le lendemain. Malheureusement, cette vidéo sera suivie d’autres qui répètent grosso modo le même modus operandi.
Lars Kepler, comme d’habitude, n’épargne pas son lecteur, il nous met en effet en position de voyeur puisque nous assistons également aux scènes de meurtre à travers les yeux de la victime qui comprend à un moment qu’un intrus a pénétré chez elle. Par quelques détails aussi précis que réalistes, les écrivains nous plongent au cœur de la scène sans échappatoire possible et nous ressentons toute la panique qui est celle de la proie.
L’affaire va prendre une nouvelle tournure lorsqu’on retrouve sur les lieux du crime un mari éploré qui a nettoyé la maison, effacé les traces et a été retrouvé par un voisin errant dehors, sans souvenir d’avoir agi comme il l’a fait. Pour tenter de comprendre ce qui s’est réellement passé, la Rikskrim fait appel à un hypnotiseur et pas n’importe lequel, le Docteur Erik Maria Bark (que nous avions découvert dans le premier volet : L’hypnotiseur) c’est ainsi qu’il reprend du service. Et, en se plongeant dans ce dossier, il fait rapidement le lien avec une autre affaire, un meurtrier qui se trouve actuellement en cellule psychiatrique. Erik Maria Bark panique quelque peu, il sait qu’il a commis une faute professionnelle avec cette ancienne affaire ce qui pourrait avoir de graves conséquences aujourd’hui et des répercussions sur sa carrière… Il ne peut pourtant pas faire machine arrière, il lui faut creuser la piste et assumer les conséquences si ce qu’il croit s’avère exact.
La course contre la montre pour toute l’équipe sonne le début d’une enquête complexe et hautement dangereuse.

Ce que j’ai pensé de ce dernier Lars Kepler :

Je ne cache pas que je suis atteinte de la Keplermania, une addiction qui n’est pas mortelle tant que le duo de romanciers continue de nous régaler de leurs scénarios sombres, mieux ficelés que n’importe lequel saucisson sec, avec une écriture au cordeau et des personnages d’une belle complexité psychologique que nous ne voudrions pas forcément comme amis. Une fois encore, les ingrédients sont bel et bien là. Adrénaline, richesse de l’enquête aux ramifications nombreuses, nouveaux et anciens personnages, rythme effréné… Nous voilà en tant que lecteur dans la délicieuse position du voyeur comme sur la couverture, un voyeur apeuré qui ne peut s’empêcher de poursuivre et de tourner les pages frénétiquement ! La fin, à la tension accrue, est magistrale. Rien n’est laissé au hasard et le lecteur n’est pas déçu. Si vous aimez les thrillers un peu corsés, vous allez être servis et bien servis !
Avant de vous plonger dans cette douce torture, assurez-vous que toutes les portes et fenêtres et autres ouvertures sont bel et bien closes, faites le tour du propriétaire puis installez-vous confortablement pour un long moment de lecture tout en sachant que vous aurez peut-être besoin d’un jour de congé après votre nuit blanche ou bien d’un anti-cernes efficace. De plus, Lars Kepler a réservé une petite surprise à son lectorat, je vous laisse la découvrir au début du roman…

Vous prendrez bien une petite tranche de frissons ?

« Derrière la fenêtre, le feuillage des buissons ondule.
Sandra enlève le peignoir et le pose sur le lit, elle enfile son jean et ouvre le tiroir de la commode. Le chevreuil cassé est posé à côté du tas de vêtements pliés. C’est bizarre que la petite tête ait tout simplement disparu. Elle retire ses lunettes et enfile un tee-shirt propre. De nouveau elle a l’impression  d’être observée, et elle tourne le regard vers le store abîmé, le jardin rempli d’ombres, les feuilles qui bougent au vent.
Un bruit sourd dans l’entrée la fait sursauter. Probablement encore de la pub glissée par la fente du courrier, malgré l’écriteau sur la porte. Elle prend le téléphone pour rappeler sa  mère et s’excuser, et essayer d’expliquer qu’en fait elle est contente, mais que la joie a aussi réveillé un tas de chagrin.
Elle retourne dans la cuisine, regarde la lettre sur la table et va couper un autre morceau de gâteau sur le plan de travail, mais le couteau n’est plus là.
Elle a le temps de penser que les médicaments lui ont troublé l’esprit, qu’elle a dû poser le couteau dans la salle de bains ou dans la chambre, lorsqu’un individu éblouissant de jaune surgit du hall d’entrée et fonce sur elle à grands pas.
Sandra reste immobile, la scène est trop irréelle.
Elle n’arrive pas à proférer le moindre mot, lève seulement sa main gauche comme pour se protéger.
Le couteau arrive obliquement et la frappe à la poitrine.
Ses jambes se dérobent et le couteau se retire quand elle s’affaisse lourdement sur le sol. Sa tête va heurter la table, le bougeoir se renverse et la bougie tombe par terre.
Du sang chaud éclabousse son ventre. La douleur dans sa cage thoracique est épouvantable, elle a l’impression que son cœur tremble. »

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